mardi 30 avril 2013

Une nouvelle loi électorale en RD Congo

Le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, a promulgué le samedi 27 avril dernier la loi modifiant la Commission électorale nationale indépendante (Céni)[1], dont l’assemblée plénière comptera désormais treize membres désignés par les députés. Le Bureau de la Céni, qui sera présidé par la société civile, sera composé de six personnes élues par la plénière dont la tâche consistera à gérer et coordonner la commission, ainsi qu’à assurer l’exécution de ses décisions. Les sept autres membres s’occuperont des questions spécifiques, dont les commissions. La majorité et l’opposition ont salué la promulgation de ladite loi électorale qui a été adoptée le 12 décembre 2012 à l’Assemblée nationale – par 374 voix pour, 7 voix contre et 3 abstentions – et voté dans la foulée, à la quasi-unanimité, par les sénateurs.

La révision de la loi électorale

Certes, la promulgation de cette loi par le président de la République est une avancée considérable, montrant son souhait de consolider la cohésion nationale. Mais on ne pourrait obtenir la paix sociale, ni garantir la légitimité des institutions de la République, en faisant l’économie de la révision de la loi électorale, dont quelques clauses pénalisent une portion de la population, du fait de résider hors des frontières nationales, et violent de facto les dispositions relatives aux articles 5, 6, 11, 12, 50, 66 et 102 de la Constitution du 18 février 2006. Un texte légal qui nie le droit n’est pas la loi. La fiabilité des élections dépendra aussi du recensement de la population, le corps électoral ne devant souffrir d’aucune contestation.

Davantage d’efforts…

On ne peut que regretter la politisation, comme dans le passé, de la nouvelle composition la Céni, actuellement présidée par le pasteur Daniel Ngoy Mulunda, qui plus est l’ex-conseiller spirituel de Joseph Kabila. Par ailleurs, le fait que le président de la Céni soit à la fois président du bureau et de la plénière ne le placera pas forcément en position d’arbitre impartial. Ces imperfections risquent de produire les effets contraires aux souhaits d’un rapport de la Mission d’observation de l’Union européenne, publié en mars 2012, qui avait recommandé la « restructuration » de la Céni en y incluant la société civile pour contribuer à « sa transparence, son indépendance et sa fiabilité »[2].
Néanmoins, au-delà des modifications idoines, la carence dans la formation des membres de la Céni et des  militants de partis politiques, ainsi que l’irresponsabilité de quelques acteurs politiques et le déficit d’éveil des consciences pourront hypothéquer encore une fois le processus électoral à venir. Or, il faudra à tout prix éviter une énième escroquerie politique et une autre parodie d’élections.

Des élections fiables et transparentes

Un climat apaisé sera impérativement le gage des élections crédibles, fiables et transparentes en République Démocratique du Congo. Raison pour laquelle, il sera primordial de faire, de manière exhaustive, l’inventaire des problèmes qui se sont posés à tous les niveaux et à chaque étape du précédent processus électoral pour décliner les solutions idoines. L’objectif consistera à mesurer l’adéquation entre les problèmes identifiés et les solutions proposées, quant à la fiabilité et de la faisabilité. Ainsi sera-t-il nécessaire de tenir compte des thématiques importantes concernant la définition, en termes identiques, du cadre, du rôle et des missions dévolues à chaque institution, à propos de l’évaluation du niveau d’implication de chaque intervenant institutionnel par le passage en revue des promesses et d’apports divers, ainsi que du travail pédagogique de vulgarisation et de sensibilisation.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

[1] La Céni a été très critiquée pour sa gestion des élections du 28 novembre 2011, ayant programmé le président sortant, Joseph Kabila, vainqueur d’une élection entachée d’irrégularités et contestée par Étienne Tshisekedi wa Mulumba, le leader de l’Union pour la Démocratique et le progrès social (UDPS), et la majorité des partis politiques de l’opposition.
[2] En décembre 2012, l’Union européenne avait souligné qu’elle « réévaluerait son soutien » à la République Démocratique du Congo en fonction des « prochaines étapes du processus démocratique congolais ».

lundi 29 avril 2013

Les lois inconstitutionnelles en RDC contre la diaspora

Le président du Sénat congolais, l’honorable Léon Kengo wa Dondo, a très récemment affirmé, lors d’une séance de la chambre haute, que la participation de ses compatriotes vivant hors des frontières nationales est « verrouillée par la loi fondamentale » : c’est-à-dire par la Constitution, la loi sur la nationalité et la loi électorale[1]. Pourtant, la loi ne doit en aucun cas devenir la source des tensions, ni exclure une catégorie de la population. Elle doit plutôt garantir la cohésion nationale.
Léon Kengo wa Dongo, président du Sénat congolais

La loi électorale

Pour contourner les dispositifs constitutionnels relatifs à l’égalité de tous les Congolais, l’Assemblée nationale et le Sénat ont voté le 15 juin 2011 une nouvelle loi électorale qui régirait les scrutins prévus pour le 28 novembre 2011 – s’agissant de la présidentielle et des législatives – et la mi-2013, quant aux autres élections. Les parlementaires sortants s’étaient arrangés pour conditionner la validité d’une candidature à un minimum de cinq ans dans les domaines politique, administratif et économique à défaut du cursus universitaire ou autre capacité. Pis encore, la loi électorale exige un délai de séjour dans le territoire congolais pour pouvoir se présenter à une élection.
Dans un pays où l’instruction n’est pas à la portée des trois quarts de la population, où l’État est incapable de créer des emplois, seul le suffrage populaire peut permettre l’égal accès à la représentativité électorale. Conditionner le mandat électif, exclure des milliers d’individus d’une partie de leurs droits civils du fait de leur résidence, c’est fouler sous le pied la règle universelle qui veut que le peuple soit le souverain primaire.

La nationalité congolaise d’origine

Force est donc de constater, sur le plan légal, l’existence du conflit entre la Constitution et la loi sur la nationalité. En effet, les articles 10 et 72 de la Constitution s’opposent aux articles 4, dans son premier alinéa, et 26 de la loi du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise. Il convient de noter que les alinéas 3 de l’article 10 et 1er de l’article 72 de la Constitution évoquent le caractère inaliénable de la nationalité congolaise d’origine, tandis que l’article 26 de la loi du 12 novembre 2004 fixe la perte de la nationalité congolaise à l’acquisition de la nationalité étrangère par toute personne de nationalité congolaise.
Quatre constats s’imposent à première vue. Primo, il est injuste que les Congolais de l’étranger concernés à la fois par le jus sanguinis et le jus soli puissent perdre la nationalité congolaise d’origine du fait de détenir une citoyenneté étrangère. Secundo, en République
Démocratique du Congo, la terre appartient aux familles. Or, personne ne reniera les membres de sa famille parce qu’ils ont une citoyenneté étrangère. Ainsi risque-t-on de s’exposer à un conflit foncier, au cas où on leur contesterait la nationalité congolaise. Tertio, il est inhumain d’imposer aux enfants nés des parents congolais et non congolais de choisir une nationalité au détriment d’une autre. Quatro, dès lors que des Congolais d’origine détenant des citoyennetés étrangères siègent aux Parlements – national et provinciaux – et occupent des postes dans la haute administration nationale et dans les institutions étatiques, il est inadmissible que des Congolais d’origine se trouvant dans la même situation, mais résidant hors des frontières nationales, soient pénalisés.

Les droits des Congolais de l’étranger

Les dispositions constitutionnelles n’ont jamais prévu l’exclusion d’une certaine catégorie des Congolais du processus électoral, sous prétexte qu’ils vivent en dehors du territoire national. Au contraire, elles cautionnent les droits humains, les libertés fondamentales, les devoirs du citoyen et de l’État. En guise d’exemple, l’article 5 de la Constitution congolaise, dans son alinéa 3, précise que « tous les Congolais de deux sexes âgés de dix-huit ans révolus et jouissant de leurs droits civils et politiques sont électeurs et éligibles » tandis que l’article 12 affirme que « tous les Congolais sont égaux devant la loi et ont droit à une égale protection des lois ».
Quant à l’article 50, dans son premier alinéa, il reconnaît que « l’État protège les droits et les intérêts légitimes des Congolais qui se trouvent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays ». Enfin, l’article 66 stipule que « tout Congolais a le devoir de respecter et de traiter ses concitoyens sans discrimination aucune et d’entretenir avec eux des relations qui permettent de sauvegarder, de promouvoir et de renforcer l’unité nationale, le respect et la tolérance réciproques ».
Le fait de priver des milliers d’individus de leurs droits, ne serait-ce que pour des raisons techniques, c’est fouler sous le pied la règle universelle qui veut que le peuple soit le souverain primaire. En excluant d’office les Congolais de l’étranger de leurs droits civils et politiques du fait de leur résidence, les autorités violent purement et simplement les articles 5, 12, 50 et 66 de la Constitution.

L’amendement des dispositifs illégaux

« Summun jus, summa injuria »[2], disait Cicéron. En droit, la loi désigne une règle juridique suprême, générale et impersonnelle. Et lorsqu’elle est régulièrement adoptée, seul le législateur, ou une autorité supérieure, pourra la défaire ou la refaire conformément à la règle pratique du « parallélisme des formes ». Par conséquent, une autre autorité peut passer outre, ou modifier la loi, dès lors qu’elle est inconstitutionnelle. Par ailleurs, la Constitution l’emporte sur la loi en cas de conflit et, conformément à l’alinéa 2 de l’article 69 de la Constitution congolaise, « le président de la République veille au respect de la Constitution ».
En vertu de ces principes juridiques et au regard du droit international en matière de nationalité, sachant qu’en droit les faits précèdent la loi, le président de la République Démocratique du Congo doit en principe exiger l’abrogation des dispositions légales dont l’inconstitutionnalité génère des injustices. Ainsi serait-il judicieux qu’il demande au gouvernement et au Parlement non seulement d’officialiser le droit de vote et d’éligibilité des Congolais de l’étranger aux élections sénatoriales et législatives, mais aussi de confirmer le caractère inaliénable de la nationalité congolaise d’origine et sa primauté sur toute autre nationalité, conformément à l’alinéa 3 de l’article 10 de la Constitution et à l’article 4 de la loi du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

Notes :
[1] La Constitution du 18 février 2006
Article 10 : La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec « aucune autre ».
La nationalité congolaise est soit d’origine, soit d’acquisition individuelle. 
Est Congolais d’origine, toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la République Démocratique du Congo) à l’indépendance. 
Une loi organique détermine les conditions de reconnaissance, d’acquisition, de perte et de recouvrement de la nationalité congolaise.
Article 72 : Nul ne peut être candidat à l’élection du Président de la République s’il ne remplit les conditions ci-après :
1 - posséder la nationalité congolaise d’origine ;
2 - être âgé de 30 ans au moins ;
3 - jouir de la plénitude de ses droits civils et politiques ;
4 - ne pas se trouver dans un des cas d’exclusion prévus par la loi électorale.

La loi du 12 novembre 2004 relative à la nationalité congolaise
Article 1er : La nationalité congolaise est une et exclusive.
Elle ne peut être détenue concurremment avec une autre nationalité.
Elle est soit d’origine, soit acquise par l’effet de la naturalisation, de l’option, de l’adoption, du mariage ou de la naissance et de la résidence en République Démocratique du Congo.
Article 2 : La nationalité congolaise est reconnue, s’acquiert ou se perd selon les dispositions fixées par la loi, sous réserve de l’application des conventions internationales et des principes de droit reconnus en matière de nationalité.
Article 4 : Tous les groupes ethniques et nationalités dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (présentement la République Démocratique du Congo) à l’indépendance, doivent bénéficier de l’égalité des droits et de la protection aux termes de la loi en tant que citoyens.
À ce titre, ils sont soumis aux mêmes obligations.
Article 26 : Toute personne de nationalité congolaise qui acquiert une nationalité étrangère perd la nationalité congolaise en vertu des dispositions de l'article 1er de la présente loi.
[2] Nul n’est injuste qu’une loi qui génère des injustices.

mardi 23 avril 2013

Une délégation de la diaspora congolaise favorable au dialogue reçue au parlement belge

Dans un communiqué de presse publié jeudi 18 avril à Bruxelles, on apprend qu’une  délégation de la « Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue » (DCFD) a été reçue au parlement belge par François-Xavier de Donnea, ancien ministre et président de la commission des affaires étrangères de la chambre des représentants. Une question a été au centre de leur entretien, celle du dialogue national initié par le Chef de l’Etat, Joseph Kabila, comme voie idéale de sortie de crise dans l’Est de la RDC.

MM. François-Xavier de Donnea et Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Jeudi 18 avril 2013 à Bruxelles, l’ancien ministre belge et président de la commission  des affaires étrangères de la chambre des représentants, François-Xavier de Donnea, s’est entretenu avec une délégation de la « Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue » (DCFD), Gaspard-Hubert Lonsi Koko, délégué et porte-parole, et Ferdinand Lufete, membre du Bureau de la coordination.
Pendant plus d’une heure, ils ont abordé le point relatif au dialogue inter-congolais visant à renforcer la « cohésion nationale », selon le vœu de Joseph Kabila, face aux différentes rebellions qui sévissent dans l’Est de la RDC soutenues par le Rwanda et l’Ouganda.
D’après  le communiqué, « la Belgique porte, au sein de l’Union européenne, la responsabilité des dossiers relatifs à la République Démocratique du Congo. » A cet effet, le groupe la « Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue » (DCFD)  a choisi de s’adresser en premier lieu aux institutions belges avant de poursuivre ce processus en France, où les rencontres sont déjà prévues, et dans d’autres pays d’Europe, comme la Grande-Bretagne et la Suisse, ainsi qu’aux Etats-Unis.
Dans ce communiqué, le groupe la « Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue » (DCFD)  justifie son choix d’évoquer le dialogue national en dehors des frontières nationales. 
« Nous sommes des Congolais vivant à l’extérieur du territoire national. Nous estimons que nos réseaux internationaux peuvent être un apport considérable dans l’accompagnement  et la réussite du dialogue inter-congolais souhaité par le président Joseph Kabila. Il n’est nullement question de souhaiter l’ingérence étrangère dans les affaires intérieures de la RDC, mais de faire appel à la communauté internationale, en tant qu’observatrice, pour éviter toute contestation interne des travaux de ces assises. Le gouvernement congolais  a d’ailleurs agi de la sorte, à travers les différentes négociations avec les pays de la CIRGL et les Nations Unies en vue de la stabilisation de la région du Kivu. »

« NOUVELLES PROPOSITIONS POUR UN CONGO NOUVEAU »

MM. François-Xavier de Donnea et Ferdinand Lufete
Le groupe la « Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue » (DCFD), qui revendique – avec force et vigueur – sa participation aux assises du dialogue national, a déjà déposé au bureau du président de l’Assemblée nationale congolaise, Aubin Minaku, un cahier des charges. Il ose espérer que la pertinence de ses propositions attirera  l’attention des organisateurs de ce forum.
Ces suggestions s’articulent autour du thème suivant : « le rassemblement du peuple congolais face aux enjeux internes et externes en cours et à la réussite du Congo d’avenir », dit le communiqué.
« Nouvelles propositions pour un Congo Nouveau », Le groupe la « Diaspora Congolaise Favorable au Dialogue » (DCFD)  opte  pour une  « nouvelle démarche » qui rendrait « crédible, efficace et viable les institutions de l’Etat. »
Cette démarche, qui est sans « complaisance », privilégie « l’intérêt général » et prend en compte « les leçons des expériences, des échecs du passé et de quelques avancées », souligne-t-on dans ce communiqué.
Si la majeure partie du temps a été consacrée à l’organisation du dialogue national, la situation actuelle de la RDC dans sa globalité a également figuré au centre de cet entretien.
« Cet échange très productif nous a permis aussi de faire le diagnostic politique de l’état dans lequel se trouve  la RDC. Nous avons évoqué d’éventuelles solutions relatives à la paix et à la sécurité, à la réforme des institutions étatiques, à l’épanouissement social  et au développement économique, à la problématique  de la nationalité congolaise d’origine et d’attribution, aux droits de vote et d’éligibilité des Congolais de l’étranger, à l’harmonisation  des relations entre les pays des Grands lacs… », peut-on lire aussi dans ce communiqué.
Pour conclure, le  groupe de travail piloté par Gaspard-Hubert Lonsi Koko   estime que ses « nouvelles propositions », incluses dans une « nouvelle démarche », ont le mérite de « redonner de l’espoir au peuple congolais ».

ROBERT KONGO

Correspondant en France

© Le Potentiel - © Kongo Espoir 21

lundi 22 avril 2013

Pour une décentralisation sans faille en RD Congo

Que reste-t-il au président Joseph Kabila pour asseoir son autorité en République Démocratique du Congo ? Telle est la question que pose Christophe Rigaud dans un article intitulé Katanga (RDC) : Quand l’État perd le contrôle, s’appuyant sur l’analyse de Marc-André Lagrange d’International Crisis Group (ICG), selon laquelle l’État central n’existe plus et les provinces, de plus en plus « indépendantes », gèrent les problèmes sécuritaires avec des partenaires extérieurs. 
Ainsi le gouverneur du Katanga et la mission des Nations unies au Congo (Monusco) ont-ils obtenu, en se substituant au gouvernement absent, la reddition des Maï-Maï Bakata Katanga de Lubumbashi. Il en est de même dans la crise au Nord-Kivu, où le président Kabila s’en remet à « des acteurs extérieurs », la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC) et la brigade spéciale d’intervention des Nations unies, pour lutter contre les groupes rebelles. Pour l’ICG, après « sept ans de régime kabiliste, les capacités de gouvernance institutionnelle sont toujours très faibles » et que le pouvoir est « complètement dépendant de soutiens extérieurs et d’un système de gouvernance par substitution ».
La faiblesse de l’État central, a contrario l’indépendance des provinces, finira indéniablement par faire voler en éclats la République Démocratique du Congo. Que faudra-t-il entreprendre, à tout prix, pour éviter la balkanisation qui menace ce colosse aux pieds d’argile ? Au-delà de la mise en place d’une armée citoyenne et performante, ainsi que d’une gendarmerie et d’une police nationales bien formées, les autorités congolaises doivent se pencher sérieusement sur une décentralisation politique, administrative et économique sans faille.

La présence étatique sur l’ensemble du territoire national

La décentralisation a pour préoccupation majeure le management territorial, le partage des responsabilités politiques, économiques, sociales, culturelles, ainsi que la gestion du fardeau fiscal entre l’État et les collectivités publiques locales. Cela permet de mieux servir les citoyens, de garantir leur épanouissement individuel et leur essor collectif. À cet effet, la décentralisation représente la clé de l’efficacité de l’appareil administratif. Il est donc question, en République Démocratique du Congo, de matérialiser la présence de l’État là où vit quotidiennement le citoyen pour lui procurer protection et services publics adéquats. De plus, la cohésion nationale découle, entre autres, du rééquilibrage entre les territoires. Le gouvernement congolais ne pourra dynamiser et valoriser les provinces que par l’harmonisation, l’organisation, la complémentarité et la meilleure répartition des activités sur l’ensemble du pays.

Les compétences des collectivités territoriales

Pour l’intérêt des administrés, il est indispensable d’harmoniser les rapports entre le gouvernement central et les gouvernorats des provinces, en veillant à ce que chaque province dispose d’une ressource principale compatible avec la nature de ses compétences. Cela permettra, par exemple, de limiter les écarts de richesse entre les territoires par une péréquation forte. Raison pour laquelle, dans le cadre de la décentralisation politique et administrative, la loi devra créer des établissements publics spécifiques, dotés d’une personnalité morale propre, qui renforceront la capacité de l’État à offrir ses services à l’ensemble des citoyens. La finalité consistera à atteindre des objectifs de développement économique et de progrès social par le biais d’un partenariat avec l’État. Cet aspect technique nécessitera un « toilettage » de l’actuelle Constitution.

Les collectivités administratives

Il faudra impérativement agir sur le fonctionnement des collectivités administratives en apportant  des modifications quant à leurs compétences. Il faudra aussi procéder à un découpage harmonieux et avoir recours à un haut fonctionnaire pour mieux articuler la politique gouvernementale dans des entités décentralisées : c’est-à-dire entre les secteurs, les communes, les territoires, les districts et les provinces. Une meilleure articulation entre les différentes collectivités administratives est d’une importance capitale. Par souci de lisibilité, au lieu des 26 provinces, la République Démocratique du Congo devra être subdivisée en 8 grandes provinces. Le Bas-Congo et Kinshasa formeront ainsi une seule province, seule du Bas-Congo ou Kongo central. Le Nord-Kivu, le Sud-Kivu et le Maniema deviendront la province du Kivu. La configuration finale sera celle-ci : Bas-Congo (ou Kongo central), Bandundu, Équateur, Haut-Congo, Kasaï-Oriental, Kasaï-Occidental, Kivu et Katanga.

La loi KML

L’adoption d’une loi KML – relative à l’organisation administrative des villes de Kinshasa, Mbuji-Mayi, Lubumbashi et des établissements publics de coopération intercommunale – s’impose. Cette loi devra fixer un statut administratif particulier qui sera applicable à ces trois villes les plus peuplées. La loi KML établira que la ville de Kinshasa, en tant que capitale de la République Démocratique du Congo, sera à la fois un territoire et un district. Les élus, qui siégeront au Conseil de la Ville, seront de facto en même temps conseillers de la Ville et conseillers de district. Les compétences du Président du Conseil seront limitées, du fait du statut particulier de Kinshasa, par les pouvoirs spécifiques dont disposera le haut-commissaire de police qui sera nommé par le ministre de l’Intérieur.

Les commissaires du gouvernement

Tout État soucieux de sa cohésion territoriale veille au maintien de l’ordre public et à la sécurité des personnes, ainsi que des biens. Au-delà de l’aspect sécuritaire, il permet l’exercice des droits et des libertés des citoyens, contrôle la légalité des actes des collectivités locales. Ainsi s’appuie-t-il sur un acteur de terrain pour mettre en œuvre et coordonner, à l’échelon local, les politiques du gouvernement en matière d’emploi, de cohésion sociale, d’aménagement du territoire, de développement économique, d’environnement...
Enfin, c’est donc un haut fonctionnaire qui est chargé de gérer et de répartir les dotations ainsi que les subventions de l’État à l’échelon local. Il faudra en effet introduire les commissaires du gouvernement dans le nouveau paysage administratif congolais. Ces derniers seront les représentants de l’État dans les provinces. Plus précisément, ils incarneront les rouages indispensables de la future administration nationale. Ils seront directement assistés dans leur tâche, par souci d’efficacité, par des administrateurs du territoire.

La IVe République

Selon certains observateurs, la Constitution du 18 février 2006 n’a pas été « le résultat d’un travail sur soi, des tractations internes d’un corps politique, gérant ses conflits, ses contradictions, parvenant à des compromis et à des “conventions collectives”. Elle a été adoptée ou produite à usage externe pour se faire reconnaître comme un État sur le plan international. Cette loi fondamentale […] ne s’intériorise ni par le savoir ni par la pratique. » En conséquence, cette Constitution confectionnée par l’extérieur et pour les seuls intérêts extérieurs n’est pas du tout à l’abri de quelques tripatouillages au détriment de la chose publique. Afin de pallier ces lacunes, il faudra approfondir la démocratie politique et consolider les prérogatives étatiques dans certains domaines.
Ainsi faudra-t-il instaurer la IVe République pour une réforme profonde. De plus, il est plus que jamais indispensable de conforter les acteurs sociaux, de permettre aux citoyens d’être écoutés et actifs, et de doter les élus du peuple d’un véritable statut. La Constitution étant la loi fondamentale qui régit les rapports entre les institutions, il faudra une réelle séparation des pouvoirs et un véritable pouvoir judiciaire dont les plus hauts magistrats ne seront plus nommés par le pouvoir politique, mais par un Haut Conseil des Professions Judiciaires (HCPJ) avec des « auditions » devant des commissions spécialisées du Parlement pour vérifier les qualifications aux fonctions.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

Documentation :

- Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique
- La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie

RD Congo, une loi injuste sur l’importation des véhicules d’occasion

Un décret du Premier ministre Augustin Matata Ponyo, signé le 2 octobre 2012, interdisait à partir du 2 décembre dernier, l’importation de tout véhicule d’occasion mis en circulation avant 2002. Un tel engin devrait être soit réexporté, soit détruit aux frais du transitaire, ou du transporteur, lors de son dédouanement. Un moratoire a fini par prolonger au 26 mars l’application dudit décret. Mais un délai supplémentaire a été accordé du 17 avril au 17 juin 2013[1]. À partir de cette date, tout véhicule ne répondant pas aux normes serait soit réexporté, soit détruit au moment de son dédouanement aux frais du transitaire ou du transporteur. En revanche, le gouvernement accorde des exonérations à ceux qui importent des véhicules neufs. La mesure gouvernementale consiste-t-elle à pénaliser la diaspora congolaise, laquelle participe activement à l’économie du pays grâce à l’envoi des fonds et du matériel en tout genre au pays[2] ?

Les raisons d’une telle mesure

Quatre raisons ont motivé la décision gouvernementale. Celle-ci veut éviter l’importation des véhicules polluants, combattre les fréquents accidents de circulation occasionnés par de véhicules vétustes, empêcher que la République Démocratique du Congo se transforme en cimetière des véhicules et améliorer la qualité de véhicules en circulation. Mais la mesure gouvernementale devra-t-elle concerner les tracteurs qui, tout en n’empruntant pas journalièrement les voies publiques, sont très indispensables au développement agricole ? Certes, dans l’absolu, on ne peut que difficilement se prononcer contre la décision du ministère des Transports et des Voies de communication. Mais encore faut-il prendre en compte les réalités quotidiennes auxquelles les Congolais sont confrontés dans un pays où la faillite de l’État est perceptible à l’œil nu, où le pouvoir d’achat figure parmi les plus faibles du monde.

Une mesure injuste

La mesure gouvernementale est tout simplement injuste dans la mesure où elle pénalise une partie de la population, plus précisément celle vivant hors des frontières nationales, et favorise ceux qui habitent à l’intérieur du pays. En effet, plus de cinquante pour cent des véhicules, des cercueils ambulants, qui sillonnent les artères de la République Démocratique du Congo ont été mis en circulation avant 1990. Le décret du ministre des Transports et des Voies de communication aurait dû logiquement les concerner, au même titre que les véhicules en provenance de l’étranger.  Par ailleurs, en accordant des exonérations aux acheteurs de véhicules neufs, le gouvernement congolais favorise la classe la plus aisée qui, par son pouvoir d’achat, détiendra de facto le monopole des entreprises relatives aux transports en commun et aux taxis. Plutôt que d’encourager l’incohésion sociale, hypothéquant ainsi l’émergence d’une classe sociale moyenne, le gouvernement congolais aurait dû prendre des mesures exigeant le contrôle technique obligatoire s’agissant de la fiabilité de tout véhicule.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

Notes :
[1] Cette décision visait à aider ceux qui avaient déjà commandé des véhicules avant le premier moratoire du gouvernement daté du 26 mars dernier, avait expliqué le gouverneur du Bas-Congo, Jacques Mbadu.
[2] Les Congolais de l’étranger, en assistant régulièrement leurs familles restées au pays, jugulent d’une certaine matière une crise sociale qui couve depuis des lustres.

mercredi 17 avril 2013

Ahmadinejad sur les traces de Jinping et dans la peau de Chavez ?

La tournée africaine du président iranien en Afrique de l’Ouest n’est pas le résultat d’une simple curiosité touristique[1].Les entretiens de Mahmoud Ahmadinejad au Bénin, au Niger et au Ghana ont plutôt trait aux affaires et au renforcement de la coopération Sud-Sud. Sur les traces de son homologue chinois, Xi Jinping, le président iranien a séjourné du 14 au 17 avril en terre africaine. Paria aux États-Unis et en Israël, il a mené une offensive diplomatique en direction de l’Afrique, continent placé au cœur de la géostratégie du troisième millénaire.

Photo : eyair/ Flickr
« Rien d’important ne peut venir du Sud. L’axe de l’histoire commence à Moscou, va à Bonn, traverse vers Washington, puis se rend à Tokyo. Ce qui se passe dans le Sud n’a pas d’importance. » Au regard de l’ampleur qu’est en train de prendre l’axe Sud-Sud, semble-t-il, cette affirmation de l’ancien Secrétaire d’État américain aux affaires étrangères, Henry Kissinger, est de moins en moins vraie.

Visite à Cotonou

Les présidents béninois, Boni Yayi, et son homologue iranien, Mahmoud Ahmadinejad, ont renforcé la coopération bilatérale entre le Bénin et l’Iran par le truchement d’une signature de cinq protocoles d’accords de coopération en vue la création des conditions nécessaires à une paix durable dans la région sahélo-saharienne[2]. Dans la même optique, les deux dirigeants ont insisté sur la mise en œuvre des accords déjà conclus entre les deux pays. Ils ont ensuite donné des orientations pour finaliser les discussions engagées dans les différents secteurs de coopération, par la mise en place des projets d’intérêts communs. Ainsi se sont-ils réjouis de la création d’une commission mixte de coopération concernant la concrétisation des projets évoqués[3]. La visite du président iranien à Cotonou, avant Niamey, n’est pas du tout le fait d’un simple hasard. Effectivement, selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), l’uranium du Niger, pays enclavé, est exporté via des ports béninois essentiellement vers la France.

Séjours au Niger et au Ghana

Le président iranien a séjourné pendant 48 heures au Niger dans l’espoir de décrocher un contrat d’uranium. Mais, officieusement, la tentative iranienne n’a pas abouti au résultat escompté. Même si dans le communiqué conjoint qui a marqué la fin de la visite officielle au Niger du président iranien Mahmoud Ahmadinejad, le mot uranium ne figurait pas, nul n’ignore les besoins énergétiques de l’Iran à propos de son programme nucléaire. Le président Mahamadou Issoufou a-t-il préféré ne pas s’attirer les courroux de ses principaux partenaires occidentaux, notamment la France ? En effet, selon le chef de la diplomatie nigérienne, Bazoum Mohamed, la vente d’uranium répond à des normes internationales. Mais le président iranien n’a pas forcément oublié que les autorités de Niamey avaient critiqué, fin 2012, le partenariat avec le groupe français Areva[4] et ont réclamé des retombées plus importantes. On doit avoir également à l’esprit la visite du ministre nigérien des Affaires étrangères à Téhéran en février dernier.
La tournée du président Mahmoud Ahmadinejad s’est poursuivie au Ghana, qui est un important producteur d’or et de cacao et de pétrole. Cela n’a fait que confirmé, au-delà de l’aspect géostratégique, la dimension économique qui pousse l’Iran à marcher sur le sillage de la Chine dans le but d’évincer les Occidentaux du continent africain.

Radicalisme chavezien et fibre tiers-mondiste

Il est à noter que Mahmoud Ahmadinejad a signé beaucoup d’accords de partenariat avec ces trois pays d’Afrique de l’Ouest. Ces partenariats concernent surtout l’aide au développement, car Téhéran a bien voulu se montrer généreux et soucieux de l’avenir des pays africains. Le président iranien s’est présenté en bailleur de fonds anti-américaniste, de surcroît anti-israélien. Tenant absolument à combler le vide laissé depuis la mort du vénézuelien Hugo Chavez, s’agissant de l’adversité contre les Occidentaux et les Israéliens, il a espéré trouver des alliés dans les pays africains qui sont à la fois membres des Nations Unies, de la Conférence des pays islamistes et du Mouvement des Non-alignés[5].De toute évidence, l’Iran, à l’instar de la Chine, est en train de jouer sur la fibre tiers-mondiste pour contrecarrer l’axe Nord-Sud. De plus, la technologie n’est plus, de nos jours, le seul apanage des pays occidentaux dont l’économie est confrontée à une crise majeure. Par ailleurs, cette visite africaine montre l’échec de l’isolement diplomatique du président iranien imposé par les Occidentaux.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

À lire aussi :

- Les raisons de la tournée africaine de Xi Jinping.

Notes :
[1] Sa dernière tournée en Afrique remonte à 2010.
[2] Il est plus précisément question des protocoles d’accords relatifs à l’octroi au Bénin d’un crédit fournisseur, au domaine de la coopération minière, aux secteurs pétrolier et énergétique, ainsi qu’à l’appui institutionnel au ministère béninois des Affaires étrangères.
[3] Notamment dans les domaines de l’économie, de l’éducation, de la sécurité publique et de la protection civile, de la santé, de l’agriculture, de l’énergie et des mines, de l’aide publique au développement, ainsi que du secteur privé.
[4] Cette entreprise exploite l’uranium depuis plus de 40 ans dans le Nord du pays.
[5] L’Iran s’est aussi rapproché de la Mauritanie, du Sénégal et du Nigeria, même si les relations avec Dakar et Abuja ont connu des hauts et des bas.

PARTICIPATION DES CONGOLAIS DE L'ETRANGER AU DIALOGUE NATIONAL

Pour l'exigence du choix des meilleures compétences
Une délégation des Congolais de l'étranger reçue par T. Mugalu, chef de la Maison civile du chef de l'Etat congolais.


Le dialogue national initié par le président Joseph Kabila suscite un vif intérêt auprès des Congolais de l’étranger. Ils se bousculent au portillon et revendiquent leur participation à ces assises. Mais si tous peuvent légitimement prétendre y prendre part, un grand nombre n’a pas les compétences à offrir pour trouver des solutions novatrices aux problèmes qui se posent en RDC. Il revient donc aux autorités congolaises de sélectionner les plus aptes tout en évitant d’opérer des choix partisans.
 
Dans les réseaux sociaux, les échanges vont bon train. Les adhérents à l’ initiative  du président de la République sont nombreux. Parmi ceux-ci, on peut citer principalement les Congolais de l’étranger. Mais toutes ces bonnes volontés ont-elles les compétences nécessaires pour y participer ? Rien n’est moins sûr.

Ce n’est pas parce que l’on milite dans un groupe politique à Paris, Londres,  Bruxelles, Montréal, Washington…  ou que l’on appartienne à une association qui fait la promotion de la participation politique des Congolais de l’étranger dans les affaires du pays , on peut donc aisément se prévaloir d’une expertise quelconque et prétendre apporter sa pierre à l’édifice du Congo en reconstruction. C’est aberrant !

Cette prétention a conduit le pays  dans le bourbier dans lequel il se trouve actuellement. Une grande majorité de ces « élites » congolaises diplômées des grandes écoles et universités occidentales, et certains d’entre eux ont fréquenté ou continuent de fréquenter des officines politiques étrangères, n’ont jamais su mettre leurs savoir-faire - parce qu’ils en sont incapables- au service de la nation, s’ils ne  l’ont pas spolié eux mêmes avec la complicité de leurs parrains occidentaux.

Le mythe de l’élite venue de l’étranger s’est installé dans l’espace de la pensée collective. Ils sont aujourd’hui ministres, députés nationaux ou provinciaux, sénateurs, gouverneurs, conseillers… Leur problème : ils continuent d’accumuler des fautes et des erreurs, et peinent à assurer le bien- être du peuple congolais. Il est grand temps que ces gens (et Dieu sait qu’ils sont nombreux), qui brillent par leur inefficacité et leur incompétence, changent ou alors qu’ils passent la main à de vrais patriotes responsables ayant une véritable vision de l’avenir de la nation !  Comment donc s’étonner que le commun des mortels, qui a tendance à généraliser, ne considère-t-il pas comme « pourris » tous les Congolais de l’étranger ?

En politique, pour paraphraser l’économiste, sociologue et philosophe Allemand, Max Weber (1864-1920),  il y a deux péchés mortels : « ne défendre aucune cause et n’avoir aucun sens de responsabilité ». Les « élites » congolaises -la grande majorité viennent de l’étranger- défendent-elles une cause démocratique pour le progrès économique et social du pays ? Et si elles en défendent une, ont-elles le sens de la responsabilité ? Toutes ces  questions méritent  d’être posées [lire la suite].

Robert Kongo

© Le Potentiel

jeudi 11 avril 2013

La bonne gouvernance, seule issue salutaire pour la RD Congo

Si la transition politique initiée en juin 2003 a permis la réunification de République Démocratique du Congo, force est de constater qu’elle a échoué quant à la pacification du territoire national, à la sécurisation des biens et des personnes, au désenclavement du pays et à l’instauration d’un Etat de droit[1]. Pour stabiliser la partie orientale où sévissent des bandes armées, soutenues par des pays limitrophes, les forces onusiennes se sont dotées d’une brigade d’intervention pouvant offensivement agir seule ou aux côtés de l’armée nationale congolaise.

Un processus électoral inachevé

Il faudra surtout penser à organiser dans les meilleurs délais les élections provinciales et sénatoriales afin de mettre un terme à l’illégalité des institutions concernées due à la carence dans la matérialisation du passage des 11 provinces à 26[2], et dont le mandat continue à découler du scrutin de 2006. Par ailleurs, à cause des problèmes immenses auxquels ce pays est confronté[3], il a été convenu en 2003 de commencer le processus électoral par le recensement électoral, le référendum, les élections locales, les élections législatives et de l’achever par l’élection présidentielle.
Si le référendum a eu lieu comme prévu, force est de constater le non-respect des recommandations de la mission exploratoire conjointe Nations Unies et Organisation internationale de la Francophonie (OIF) du 18 au 29 novembre 2003 sur le processus électoral en République Démocratique du Congo. En effet, l’ordre prévu a été complètement inversé, le recensement électoral n’a jamais été fait et l’organisation des élections locales a été repoussée sine die.

La consensualité, l’inclusivité et la non-conflictualité

Bien évidemment, le développement de la République Démocratique du Congo est avant tout fonction de la bonne gouvernance. Celle-ci étant très difficile à instaurer à cause de la crise politique en cours, seul un dialogue inclusif et républicain permettra de tracer les sillons en vue de la création d’une armée citoyenne, de la réforme et de la restructuration de la police. Non seulement la mise en place de l’Etat de droit consolidera de facto la cohésion nationale et l’unité du pays, mais elle permettra aussi une meilleure articulation sur le plan de la décentralisation ainsi que de la sécurisation des biens et des personnes. Des assises du dialogue intercongolais – dans un esprit de consensualité, d’inclusivité, de non-conflictualité et de patriotisme – devra sortir un nouvel ordre politique qui garantira une République Démocratique du Congo dynamique et davantage prospère.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

Notes :
[1] Cette transition avait pour objectifs la réconciliation nationale, la formation d’une armée nationale restructurée et intégrée, la restauration des institutions, la sauvegarde de la souveraineté et de l’intégrité territoriale, la sécurisation des populations, ainsi que l’organisation des élections libres et démocratiques dans l’ex-Zaïre.
[2] La chambre haute et les parlements de provinces détiennent leur légitimité de l’inconstitutionnalité, car ils ne sont pas l’émanation d’un découpage prévu par l’article 2 de la Constitution.
[3] Notamment en termes de conflits interethniques liés aux problèmes d’identification nationale.

mercredi 10 avril 2013

RDC : Du dilogue national aux négociations de Kampala

Dans un entretien accordé à Œil d’Afrique, Gaspard-Hubert Lonsi Koko donne son point de vue sur le dialogue intercongolais que compte organiser le président de la République Démocratique du Congo, Joseph Kabila, et sur les négociations de Kampala entre le gouvernement congolais et le mouvement du 23 Mars (M23).

Œil d’Afrique : Certaines personnes, au sein de la diaspora congolaise, vous reprochent d’avoir répondu favorablement au dialogue national voulu par Joseph Kabila et d’activer vos puissants réseaux pour que les Congolais de l’étranger y participent. Qu’en pensez-vous ?
Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Personne n’a le monopole de la diaspora. Et tous les Congolais de l’étranger ne sont pas de moutons. La diversité de la diaspora congolaise exclut naturellement le règne de la pensée unique, de l’insulte, d’une quelconque fatwa et de la dictature que tout démocrate doit en principe combattre.
Quelques Congolais estiment que le dialogue inclusif proposé par le président Kabila ne les concerne pas, et c’est leur droit le plus absolu. On doit le respecter. A contrario, d’autres accueillent favorablement l’initiative présidentielle dans l’espoir de mettre un terme à la crise politique qui hypothèque l’avenir de la République Démocratique du Congo. On leur doit aussi du respect. Seule la finalité donnera raison, ou tort, aux uns et aux autres.
Je suis de ceux qui espèrent contribuer, lors de ces assises, à la mise en place des institutions viables, ainsi qu’à l’organisation des élections transparentes et crédibles. Il est vrai que nous avons agi discrètement, grâce au lobbying, en faveur de la participation du président de la République Française, François Hollande, au sommet de la Francophonie qui s’est tenu en octobre dernier à Kinshasa. Nous avons aussi œuvré en vue du changement du mandat de la Monusco et de la mise en place d’une brigade d’intervention afin de stabiliser la région du Kivu. Nous nous activons davantage, par patriotisme, pour qu’un terme soit mis à la dramatique situation dans laquelle se trouve le peuple congolais. Notre souhait, à propos du dialogue inclusif que nous souhaitons républicain, ne concerne nullement le partage du pouvoir. Il a plutôt trait au renforcement de la cohésion nationale, de la pacification et de l’unité du pays. Est-ce cela que l’on me reproche ? Seul quelqu’un qui n’aime pas le Congo peut contester une telle démarche.

Œil d’Afrique : Quel est votre avis sur les pourparlers de Kampala, entre le gouvernement congolais et les rebelles du M23 ?
G-H. L. K. : Je suis conscient du fait que la politique a horreur du vide. J’étais favorable à la participation de la délégation gouvernementale aux pourparlers de Kampala non pas pour s’aligner sur les positions du M23 et de ses parrains, mais pour les mener en bateau et externaliser la rencontre. Cet objectif a été atteint, car les décisions les plus importantes ont été prises à Addis-Abeba et à New York.

Œil d’Afrique : Et pourquoi les retrouvailles entre les deux parties en conflit ?
G-H. L. K. : La signature de l’accord-cadre d’Addis-Abeba et la mise en place de la brigade d’intervention ont signifié l’échec de la médiation ougandaise dans le cadre de la CIRGL. De ce fait, le gouvernement congolais s’est retrouvé en position de force par rapport au M23. Retourner à Kampala, au moment où le M23 est affaibli, ne peut que paraître incompréhensible. De plus, vu le caractère supranational des décisions prises par l’Union africaine et le Conseil de sécurité des Nations Unies, il ne revient plus au président Yoweri Museveni d’arbitrer quoi que ce soit. La délégation gouvernementale devra donc signifier au médiateur ougandais que la République Démocratique du Congo souhaite la nomination d’un Haut représentant des Nations Unies pour superviser l’articulation de l’accord-cadre d’Addis-Abeba et la mise en place d’une institution, dans le cadre du mécanisme du suivi régional, en mesure de sanctionner les éventuels manquements de la part des contractants. Il est hors de question que ces retrouvailles servent à régler des problèmes congolo-congolais, lesquels doivent être évoqués à Kinshasa dans un cadre inclusif.

Propos recueillis par Roger Musandji

Œil d'Afrique
 

mardi 9 avril 2013

La RD Congo face au macabre tango des Grands lacs

Les pourparlers censés mettre fin aux affrontements armés dans l’Est de la République Démocratique du Congo, entre les forces gouvernementales et les rebelles du M23, ont repris le lundi dernier sur les rives du lac Victoria dans la capitale ougandaise. Pour le ministre ougandais de la Défense, le médiateur Crispus Kiyonga, même si le Conseil de sécurité des Nations Unies a approuvé la mise sur pied d’une brigade d’intervention, les rebelles du M23 sont toujours engagés aux pourparlers. Ainsi a-t-il défendu la nécessité d’un processus politique pour résoudre la crise congolaise.

Quid de l’accord-cadre d’Addis-Abeba ?

Dès lors que la mission de la brigade d’intervention de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco) consiste à traquer et à mettre hors d’état de nuire les forces négatives dans la région du Kivu, conformément à la résolution 2089[1], on ne peut que judicieusement s’interroger sur la nécessité de la poursuite des pourparlers de Kampala. Les parrains du M23 étant signataires de l’accord-cadre d’Addis-Abeba[2], ils ne peuvent que respecter la souveraineté de leur voisin. De plus, ledit accord-cadre a mis de facto un terme à la médiation menée par le président ougandais Yoweri Museveni. En conséquence, au vu des arguments évoqués supra et dans l’attente de la nomination d’un Haut représentant des Nations Unies, il revient désormais au secrétaire général des Nations Unies et à la présidente de l’Union africaine d’impulser, en concertation avec le gouvernement congolais, toute initiative politique relative à la stabilisation de la région du Kivu.

Un pas en avant, deux pas en arrière

La supranationalité ne concerne-t-elle que, en réalité, la seule République Démocratique du Congo ? À peine mis en place, mais déjà violé, l’accord-cadre d’Addis-Abeba a fait long feu. Triste constat ! La poursuite des pourparlers de Yoweri Museveni s’apparente en effet à un tango des Grands lacs car le pas fait en avant, grâce aux engagements pris le 24 février 2013 dans la capitale éthiopienne, est tout de suite suivi de deux autres pas en arrière à cause de la reprise des pourparlers de Kampala ainsi que de l’envoi par l’Ouganda et le Rwanda des éléments armés en soutien aux affreux hommes de Sultani Makenga[3]. D’aucuns voient, à travers cette menace, la volonté manifeste de Yoweri Museveni et Paul Kagamé d’imposer leur dernière volonté à Joseph Kabila, pour miner davantage le terrain avant l’implantation de la brigade d’intervention sur le terrain.
Comment la diplomatie congolaise peut-elle cautionner, au moment où le rapport de force lui est enfin favorable, une telle mascarade qui consiste à se tenir par la barbichette et à donner une tapette au premier qui rira ? Comment la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, peut-elle rester indifférente à une attitude qui risque de fragiliser encore plus la souveraineté nationale ? Il va donc falloir obtenir la nomination dans l’urgence d’un Haut représentant des Nations Unis et doter le mécanisme de suivi régional d’un outil en mesure de sanctionner tout manquement. Dans le cas contraire, le tango des Grands lacs se transformera en un ballet macabre qui – sur la base des violences sexuelles, du pillage et d’expropriations – s’exécutera sur les corps meurtris et la déshumanisation des Congolais.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

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Notes :
[1] Adoptée à l’unanimité, sous la présidence russe, le 28 mars dernier.
[2] Signé le 24 février 2013, sous l’égide des Nations Unies, par les pays des Grands Lacs, de la SADC et de l’Afrique centrale.
[3] En effet, des soldats rwandais et ougandais, contrairement au processus politique évoqué par le ministre rwandais de la Défense pour justifier la poursuite des pourparlers de Kampala, auraient traversé de nouveau la frontière congolaise. Cette incursion a été constatée dans le territoire de Rutshuru par la société civile du Nond-Kivu.

samedi 6 avril 2013

Développer la RDC, reconstruire la région des Grands lacs

La République démocratique du Congo est un pays très vaste[1] qui compte au moins 69 millions d’habitants et occupe, selon le PNUD, le 168e rang sur 177 en termes de développement humain. Sa population est répartie en plus de 200 ethnies.[2] Son sol et son sous-sol regorgent de nombreuses ressources. Qualifié de « scandale géologique », à cheval sur l’équateur et s’étendant sur deux fuseaux horaires, ce pays est un géant situé au cœur du continent africain et sert de trait d’union entre l’Afrique de l’Est, l’Afrique australe et l’Afrique centrale. Le Congo-Kinshasa est une puissance économique incontournable, aussi bien dans la région qu’à l’échelle continentale, et occupe de facto une situation géostratégique non négligeable.

Toutefois, même avec son énorme potentiel, il reste un géant aux pieds d’argile miné par l’incohésion nationale et une balkanisation rampante. Cette puissance virtuelle, qui ne cesse de se chercher, peine à décoller. Cela est dû non seulement à l’incapacité de sa classe politique et de son élite à impulser une nouvelle dynamique, mais aussi à l’insécurité.

Depuis l’indépendance en 1960, une série de facteurs fragilisent l’unité du pays. Primo, le territoire national a des frontières artificielles autour du bassin du Congo dont le fleuve fut l’une des voies de pénétration au moment de l’expédition coloniale. Le pays dispose d’une ouverture très réduite sur l’Atlantique : 37 km, soit un peu plus que la largeur du delta. Secundo, la grande diversité ethnique n’a cessé d’être une source de nombreux conflits endogènes et exogènes. De plus, les principales ethnies appartiennent au groupe bantou et vivent à cheval sur des États frontaliers. Tertio, le milieu naturel et ses conséquences sur les infrastructures ont toujours posé problème au développement économique — la moitié du territoire congolais étant couverte de forêts denses. Cela rend les communications difficiles. Le fleuve Congo, qui mesure au total 4 700 km, est navigable seulement sur certains tronçons. À peine 2 % des routes sont asphaltées, d’où la dépendance du pays à ses voisins pour les exportations. Quarto, le Congo est riche en cuivre, or, diamant, niobium, uranium, cobalt, étain, cassitérite, coltan,[3] pétrole, café, cacao, bois rares… Ces ressources, lesquelles sont attractives et suscitent des rivalités à l’intérieur et à l’extérieur, ne cessent d’entretenir les conflits qui affaiblissent le pays dès septembre 1996 [lire la suite].

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

mercredi 3 avril 2013

RD Congo, la carotte et le bâton

Le 28 mars dernier, sous la présidence russe, le Conseil de sécurité des Nations unies a adopté à l’unanimité la résolution 2098, requalifiant de facto le mandat des forces onusiennes et autorisant le déploiement de la brigade d’intervention[1] dans l’est de la République Démocratique du Congo. Et, paradoxalement, la Russie[2] a demandé à la République Démocratique du Congo, par la voie de son ambassadeur accrédité à Kinshasa, de ne pas toujours compter sur la communauté internationale.

Anatoly Klimenko, ambassadeur de Russie à Kinshasa.

Réoccuper les territoires occupés

En effet, Anatoly Klimenko a affirmé lors d’un point de presse organisé le 2 avril à Kinshasa que « le gouvernement du Congo, de concert avec ses partenaires, [devrait] fructifier ce temps [de la présence de la Brigade, ndlr] pour bien renforcer ses forces de sécurité, son armée, afin d’être capable de résoudre ses problèmes, tout seul, sans l’assistance […] de la communauté internationale ». D’autant plus que, a-t-il poursuivi, cette brigade pourrait stabiliser la situation sur le terrain et permettre la présence étatique sur toute l’étendue du territoire national.
Le rapport des forces ont complètement évolué, dans la région du Kivu, à l’avantage du gouvernement congolais. En effet, le M23 étant fragilisé à la suite de son implosion, son déracinement du vaste fief actuellement occupé par ses troupes n’est plus une mission impossible. L’avantage acquis sur le terrain par la faction fidèle à Sultani Makenga au détriment de celle de Jean-Marie Runiga ne pourra que difficilement imposer sa volonté à Kinshasa, dans l’optique d’obliger le gouvernement congolais à signer un accord dans le prolongement des pourparlers de Kampala. De plus, Kigali étant désormais lié par les engagements de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, la brigade d’intervention, qui dispose d’une mission offensive et ciblée, mènera une action foudroyante contre une énième tentative armée dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo. Sans conteste, la diplomatie congolaise dispose maintenant de tous les atouts pour mener à bien la politique de la carotte et du bâton.

Faire d’une pierre deux coups

Avec un brin de diplomatie, le plénipotentiaire russe n’a fait que suggérer aux autorités congolaises de façonner l’argile pendant qu’elle est humide. Ainsi doivent-elles profiter de cette opportunité pour réoccuper de gré ou de force, sans aucune contrepartie, les territoires qui sont encore occupés par les bandes armées. De plus, en cas de résistance armée de la part des occupants illégaux, la brigande d’intervention agira seule ou aux cotés des Forces armées de la République Démocratique du Congo (FARDC).
Après tout, l’heure n’étant plus à une solution politique et aux négociations, il faut bien justifier le bien-fondé et le caractère offensif d’une telle unité de combat. Cela permettra également de faire d’une pierre deux coups, en entraînant dans des conditions réelles les membres de la future force de réaction rapide qui sera créée au sein de l’armée congolaise, conformément à la résolution 2089, pour remplacer la brigade onusienne lorsque celle-ci aura achevé sa tâche.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress

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- RD Congo, la victoire enfin au bout du canon ?
Notes :
[1] Cette brigade est créée pour une période initiale d’un an. Elle sera basée à Goma et reste sous l’autorité du commandant en chef de la Mission des Nations unis pour la stabilité de la République Démocratique du Congo (Monusco).
[2] La Russie a occupé la présidence tournante au mois de mars dernier. Son ambassadeur auprès des Nations Unies, Vitaly Tchourkine, a cédé sa place au Rwandais, Eugène-Richard Gasana, dont le pays est accusé par les institutions internationales de soutenir les rebelles dans la partie orientale de la République Démocratique du Congo (cf. annexe du rapport onusien).