Affichage des articles dont le libellé est goma. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est goma. Afficher tous les articles

mercredi 6 novembre 2013

RD Congo : Une victoire militaire à confirmer diplomatiquement

Par la voix de Lambert Mende, ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement, le pouvoir en place à Kinshasa a annoncé que « les derniers résidus du M23 [venaient] d’abandonner leurs retranchements de Chanzu et Runyonyi sous la pression des [FARDC] ». Une « victoire totale de la République Démocratique du Congo », aux dires de Lambert Mende, confirmée par le lieutenant-colonel Olivier Hamuli, porte-parole de l’armée nationale congolaise pour la province du Nord-Kivu. Des éléments de la brigade d’intervention de la Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco) se sont joints aux forces gouvernementales pour neutraliser les positions rebelles, après la mort de six civils tués par des chutes d’obus sur la vielle de Bunagana. Le chef militaire des rebelles, Sultani Makenga, aurait fui vers le Rwanda où de nombreux rebelles ont également trouvé refuge, ainsi qu’en Ouganda.
Soutenues logistiquement par les casques bleus de la Monusco, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont repris depuis le 25 octobre 2013, au terme d’une offensive foudroyante, la totalité du territoire qu’occupaient les éléments du M23 pendant dix-huit mois. En quatre jours, les villes de Kibumba, de Kiwanja, de Rutshuru et de Rumangabo, les bastions de la rébellion, ont été récupérées par l’armée gouvernementale. La victoire des FARDC sur les poulains du Rwanda et de l’Ouganda, comme a claironné Lambert Mende ? Pas si évident. 

La cessation des combats et la dissolution du M23

Le président des rebelles du M23, Bertrand Bisimwa, a ordonné le 3 novembre dernier à tous ses combattants de cesser dans l’immédiat les hostilités avec l’armée congolaise, laquelle avait pris sérieusement le dessus sur les champs de bataille. En référence aux négociations en cours à Kampala, il a prétendu agir de la sorte « pour permettre la poursuite du processus politique». Après la débandade d’au moins 300 rebelles qui se sont retranchés sur les collines de Mbuzi, de Chanzu et de Runyonyi – à environ 80 km au nord de Goma, la capitale du Nord-Kivu –, Bertrand Bisimwa a dans la foulée publié une déclaration de « fin de rébellion » en annonçant l’intention du M23 de « poursuivre, par des moyens purement politiques, la recherche des solutions aux causes profondes qui ont présidé à sa création ». Ainsi a-t-il appelé le chef d’état-major et les commandants des grandes unités du M23 de « préparer les hommes des troupes au processus de désarmement, de démobilisation et de réinsertion sociale dont les modalités [seraient] à convenir avec le gouvernement [congolais] ».

Le respect de la souveraineté territoriale congolaise

Très curieusement, un appel aux rebelles congolais du M23 a été lancé le 5 novembre à Pretoria par les pays africains voisins de la République Démocratique du Congo pour qu’ils renoncent à la rébellion afin de permettre la signature rapide d’un accord de paix. Pourquoi une telle précipitation, sachant que lesdits Etats se sont toujours montrés moins pressés quand le M23 avait, sur le terrain, l’avantage sur l’armée loyaliste ? Veut-on à tout prix façonner l’argile pendant qu’elle est encore humide, dans l’optique d’amnistier les rebelles et de les réintroduire dans les institutions étatiques pour mieux finaliser la politique d’infiltration ? Espère-t-on en réalité obtenir diplomatiquement ce qui vient d’être perdu par les armes ?
On ne peut agir cyniquement, comme si rien de dramatique ne s’est passé dans le Nord-Kivu. Il est inhumain de passer par pertes et profits les 10 millions de morts congolais. On ne peut pas continuer à cautionner l’impunité en faveur des groupes rebelles. Agir de la sorte consiste à fermer les yeux sur les crimes de guerre et crimes contre l’Humanité commis en République Démocratique du Congo. Le problème n’est pas tant d’accepter « publiquement » l’annonce du démantèlement de la rébellion pour permettre la signature d’un « accord final », mais de faire respecter la souveraineté territoriale congolaise par le Rwanda et l’Ouganda. Quelques préalables doivent être absolument respectés.

Les conditions en vue d’une paix durable

En tout cas, un « accord formel » ne vaudra rien tant qu’aucune garantie ne sera apportée par le Rwanda et l’Ouganda quant au respect de différents accords de non-agression et à la non-assistance aux forces négatives. Trois facteurs sont décisifs en vue de l’entente cordiale dans la région des Grands Lacs.
Primo, seule la condamnation officielle des parrains du M23 garantira la souveraineté de la République Démocratique du Congo. Secundo, tant qu’aucun mécanisme de suivi des accords déjà ratifiés n’est habilité à sanctionner les signataires fautifs, d’autres rébellions risquent de voir le jour non pas forcément dans la région du Nord-Kivu, où les forces onusiennes sont présentes, mais dans d’autres provinces comme le Katanga. Tertio, il est impossible d’envisager le réaménagement de la Communauté économique des pays des Grands Lacs (CEPGL) tant que les peuples rwandais, burundais et congolais ne se réconcilieront pas. Cela ne sera pas envisageable tant que la République Démocratique du Congo n’aura ni fait son deuil, ni réformé totalement son système défensif.
Face aux rebelles du M23, le gouvernement congolais doit désormais se comporter en vainqueur. Sa magnanimité, s’il en faut, ne doit en rien hypothéquer l’avenir d’un peuple qui, depuis 1997, n’a cessé de vivre un calvaire. Kinshasa doit donc imposer sa volonté aux vaincus, et mettre le Rwanda et l’Ouganda dans l’obligation de ne plus s’ingérer dans ses affaires intérieures. Telles sont les conditions sine que non en vue d’une paix durable dans la région des Grands Lacs africains. De toute évidence, au risque de retourner à la case départ, la victoire militaire des FARDC doit être confirmée par le gouvernement congolais sur le plan diplomatique.
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
Copyright Jolpress

jeudi 23 mai 2013

Le périple de Ban Ki-moon dans la région des Grands lacs africains


« Le temps est venu pour la paix et le développement pour le peuple de la République Démocratique du Congo et ceux de la région », a déclaré à Kinshasa le mercredi dernier Ban Ki-moon, le secrétaire général des Nations Unies, à l'issue de son entretien avec le président Joseph Kabila. Cette rencontre s’est déroulée dans un climat tendu par la reprise d’affrontements[1] entre les FARDC[2] et la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23) dans le Nord-Kivu. Outre la ville de Goma, Ban Ki-moon se rendra à Kigali, la capitale rwandaise.

Une mise sous-tutelle déguisée ?

D’après un nouveau rapport des Nations Unies, publié le 8 mai 2013, des graves violations des droits de l’Homme ont été perpétrées en novembre et décembre 2012. Selon les critères de la CPI[3], ces exactions[4] « peuvent constituer des crimes de guerre et des crimes contre l’Humanité ». La situation en cours au Kivu est tellement complexe que la contribution des Nations Unies et la bonne foi des pays des Grands lacs sont indispensables à la stabilité régionale. Mais la pacification de la République Démocratique du Congo n’est avant tout fonction que d’une réelle volonté politique et du patriotisme des Congolais eux-mêmes. Ainsi l’Etat congolais, en tant que pays souverain, devra-t-il conforter dans l’urgence la cohésion nationale et conditionner l’assistance militaire des forces onusiennes à un soutien sans faille aux FARDC. Cela évitera l’éventualité d’une mise sous-tutelle qui se profile à l’horizon, dans l’optique de mieux exploiter, dans la légalité cette fois-ci, les richesses de la région du Kivu.

Un stratagème malhonnête ?

Accompagnant le secrétaire général des Nations Unies, le président de la Banque mondiale, Jim Yong Kim, a confirmé une aide d’un milliard de dollars supplémentaire pour la région des Grands Lacs, dont la République Démocratique du Congo. Cette aide au développement sera destinée à des projets concernant l’énergie, l’agriculture, le commerce transfrontalier, la santé et l’emploi. Fallait-il commencer par détruire pour pouvoir imposer un quelconque développement, dans des conditions avantageuses aux bailleurs de fonds, à des pays complètement fragilisés ? S’agit-il d’un énième stratagème malhonnête ? Une aide véritable, semble-t-il, est celle qui permet de relever le bénéficiaire et non de l’humilier davantage. Ainsi l’aide au développement que compte apporter la Banque mondiale aux pays des Grands lacs ne doit en aucun cas servir à les endetter encore plus dans le but de faire main basse sur leurs ressources naturelles.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

Source : Jolpress





[1] Lesquels ont fait fuir plus de 30 000 personnes des camps situés près de la zone des combats, selon le Haut-commissariat aux réfugiés de l’ONU.
[2] Forces armées de la République Démocratique du Congo.
[3] Cour pénale internationale.
[4] Le document de 17 pages est le fruit d'une longue enquête, lors de laquelle 350 témoins et victimes ont été entendus. Les faits se sont produits avant, pendant et après la chute de Goma aux mains du M23, tombée sous le regard impuissant des casques bleus de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco), et alors que les FARDC battaient en retraite.

vendredi 25 janvier 2013

RDC : le masque tombe à Kampala

Selon Fred Opolot, porte-parole de la présidence ougandaise, « au dernier sommet des chefs d’États de la Conférence des Grands Lacs, il a été établi devant le président Kabila que les questions soulevées par le M23 [devaient] être écoutées ». Une façon sibylline de faire comprendre à la délégation de Kinshasa que Yoweri Kaguta Museveni approuve l’idée d’aborder à Kampala, peu importent la forme et le temps que prendront les pourparlers, tous les problèmes de la République Démocratique.

Le président ougandais Yoweri Kaguta Museveni, le Bismarck des Grands Lacs.

La force internationale neutre, future brigade de la Monusco

Dans une interview accordée à la presse chinoise, le ministre congolais des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda, rappelle que lors de la réunion qui s’est tenue en décembre 2012 à Addis-Abeba, les Nations Unies, l’Union africaine, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) et les pays de la Communauté de développement de l’Afrique australe  (SADC) avaient convenu, en présence de l’ensemble des partenaires bilatéraux et multilatéraux, de faire de la force internationale neutre une brigade spéciale au sein de la Monusco. Ce choix a été privilégié dans l’optique de faciliter l’opérationnalisation de la force. On doit donc revoir à cet effet, en termes de renforcement, le mandat de la mission onusienne.
Tous les participants à la rencontre, qui a eu lieu au siège de l’Union africaine, ont la ferme conviction que l’on doit plus rapidement traduire la force dans les faits. S’ils ont opté pour cette formule, pourquoi les ministres de la Défense des pays de l’Afrique australe et des Grands Lacs ont-ils recommandé, à Kampala, le remplacement de la Monusco par la force internationale neutre ? Entre-temps, le Conseil de sécurité des Nations Unies a donné son feu vert à l’utilisation de drones de surveillance dans la région du Kivu par la force de maintien de la paix.

Une attitude très bismarckienne

Curieusement, le changement d’attitude du président Yoweri Kaguta Museveni intervient au moment où les divergences s’amplifient au sein du M23. Selon le porte-parole militaire de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo (Monusco), le commandant Ibrahim Diene, le renforcement des positions du M23 dans les zones occupées du Nord de Goma n’a pu empêcher la défection de nombreux rebelles qui continuent à se rendre aux différents postes opérationnels de la force de la paix qui aurait notamment signé leur reddition. Le président ougandais, en abondant dans le sens des agresseurs du M23, désavoue de facto ses homologues rwandais et congolais. Compte-t-il en réalité court-circuiter le dialogue intercongolais, tant souhaité par le président congolais, en vue de la cohésion nationale ? Le soi-disant Bismarck des Grands Lacs, profitant de la mauvaise posture dans laquelle se trouve Paul Kagamé, veut-il enfin confirmer son hégémonie sur l’ensemble des pays de la région ?

Délocaliser la rencontre de Kampala

En désapprouvant le facilitateur Chrispus Kayonga, le président ougandais vient de confirmer sa partialité. Il montre publiquement qu’il est à la fois juge et partie. Quelle doit être la réaction de Kinshasa, maintenant que Yoweri Kaguta Museveni a montré son vrai visage ? Par l’attitude de son président, mine de rien, l’Ouganda offre à la délégation conduite par Raymond Tshibanda l’occasion de claquer la porte et de solliciter un autre médiateur, tel que Denis Sassou Nguesso du Congo-Brazzavile, en vue de la poursuite des pourparlers. Leur externalisation est plus que jamais de mise. La balle est maintenant dans le camp de Joseph Kabila. Il doit façonner l’argile pendant qu’elle est humide.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

À lire aussi :

- RDC : faut-il remplacer la Monusco par une force internationale neutre ?
- Kinshasa, le cadre légitime du dialogue interconglais 
- Quel avenir pour les pays des Grands Lacs africains ?

mercredi 9 janvier 2013

Que cache le cessez-le-feu en RDC, décrété unilatéralement par le M23 ?

Les rebelles congolais du M23 ont décrété le mardi 8 janvier un cessez-le-feu unilatéral au Nord-Kivu, dans l’est de la République Démocratique du Congo. « Nous sommes pour la paix [...] aujourd’hui, nous déclarons que nous sommes en état de cessez-le-feu », a précisé François Rucogoza, le secrétaire exécutif du M23 lors d’une conférence de presse à Kampala, tout en ajoutant que son mouvement était prêt à poursuivre « les négociations même en cas de refus du gouvernement de signer un accord de cessez-le-feu ». Pourquoi une telle décision, alors que le gouvernement congolais a toujours refusé de souscrire à la demande du M23, relative au cessez-le-feu, en guise de préalable à toute reprise des négociations ?

L’annonce du M23 suscite, dans les milieux politiques et diplomatiques, deux interprétations. Soit il est bel et bien question d’un aveu de faiblesse des affidés du Rwanda et de l’Ouganda. Soit le gouvernement congolais a fait des concessions à leurs revendications.

Aveu de faiblesse du M23

La prise de Goma par le M23 a représenté un camouflet infligé à la communauté internationale dont les membres de son bras armé, en l’occurrence la Monusco, ont carrément été qualifiés de touristes militaires par Yoweri Museveni, le président ougandais qui se prend pour le Bismarck des Grands lacs. Jean-Marie Runiga, François Rucogoza et consorts sont vraisemblablement acculés dos au mur à cause des mises en garde des puissances extracontinentales et des institutions internationales à l’encontre de leurs parrains rwandais et ougandais, de la condamnation par les ministres des Affaires étrangères de l’Union africaine de leur initiative dans le Nord-Kivu ainsi que des menaces judiciaires qui pèseraient sur eux. Très mauvaises nouvelles pour les dirigeants du M23, au moment où le Conseil de sécurité des Nations Unies s’apprête à préconiser l’usage des drones de surveillance dans l’Est de la RD Congo, l’institution africaine compte accélérer le déploiement de la Force Internationale Neutre en synergie avec la Monusco.

Le coup de poker du M23

Pour sortir du piège qui lui est tendu, le M23 tente de mettre le gouvernement congolais et la communauté internationale devant le fait accompli. Ainsi compte-t-il démonter, à travers ce coup de poker, sa capacité à décider de la suite de la guerre au Nord-Kivu. Cela aura pour conséquence d’administrer de manière autonome le territoire qu’ils occupent. De ce fait, le M23 obtiendra tacitement le fédéralisme tant voulu par ses parents rwandais et ougandais dans l’optique, dans un second temps, de l’organisation d’un référendum populaire en vue de l’autodétermination de la partie occupée. La mission consistant à balkaniser la RD Congo sera enfin accomplie. Comment comptent réagir les autorités de Kinshasa, par rapport au revirement à cent quatre-vingt-dix degrés, du M23, ? Par des promesses relatives à l’intégration de ces criminels dans certaines institutions et structures stratégiques, donc décisionnelles, de la République ?

Fermeté de Kinshasa

Dans le passé, les accords conclus par le gouvernement congolais avec les différents groupes armés n’ont jamais abouti à la moindre résolution des conflits qui déstabilisent la région du Kivu. Au contraire, ils ont facilité le noyautage des institutions étatiques et servi de chantage à d’autres menaces de rébellion. Nul n’ignore que le bourreau tue d’abord par les armes, ensuite par l’oubli. Le gouvernement congolais ne doit avoir en aucun cas la mémoire courte. Sachant très bien qu’un voleur se cache toujours derrière chaque menteur, Kinshasa doit privilégier le droit, aussi bien sur le plan national qu’international, pour permettre la stabilisation du territoire national. La fermeté s’impose donc, car l’on doit façonner l’argile pendant qu’elle est encore humide.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

À lire aussi :

- Le devenir de la RDC, de Kampala à Kinshasa ;
- Rencontre de Kampala sur la RDC : négociations ou mise au point ? ;
- Sommet de Kampala au sujet de la RDC: de qui se moque-t-on ?

jeudi 20 décembre 2012

Le devenir de la RDC, de Kampala à Kinshasa

Les observateurs avertis savent pertinemment que les pourparlers de Kampala préfigurent à n’en pas douter le devenir de la République démocratique du Congo. En effet, ce qui est en train de se dérouler dans la capitale ougandaise, entre les représentants du gouvernement congolais et ceux du mouvement dénommé M23, permettra de révéler le pot aux roses. En effet, Kinshasa tient l’occasion d’accompagner les menteurs jusqu’à la porte. Encore faut-il que les envoyés de Kinshasa manœuvrent habilement. N’est pas Talleyrand qui le veut !

L’épée de Damoclès

En réalité, le Mouvement du M23 a commis une erreur fatale en ayant pris la ville de Goma. Son entrée dans la capitale du Nord-Kivu a permis non seulement de mettre en mauvaise posture la Monusco, donc la communauté internationale, mais surtout de montrer les appuis extérieurs dont il bénéficie. En conséquence, les forces onusiennes sont contraintes de prouver qu’ils n’agissent pas de connivence avec les parrains du M23 tout comme la communauté internationale est obligée de les sermonner. Le coup de fil du président Barack Obama à son homologue Paul Kagamé en est l’illustration.

À Kampala, la délégation en provenance de Kinshasa doit surtout avancer des arguments susceptibles de lever le voile sur l’identification des éléments qui constituent le M23. S’ils sont Congolais, leur sort sera donc réglé par les tribunaux nationaux pour violation des articles 63, 64, 64, 65, 66, 67 de la Constitution et pour haute trahison. Dans le cas contraire, cela démontrera l’agression de la République Démocratique du Congo par des forces étrangères – aussi bien continentales qu’extracontinentales. La capitale ougandaise restera donc, dans tous les cas de figure, l’épée de Damoclès suspendue sur la tête du M23.

L’inconscience de la classe politique

L’inexistence de l’État et la crise politique permettent indéniablement la déstabilisation de la République Démocratique du Congo. Les agresseurs profitent de la mésentente et des divergences entre les Congolais pour souffler le chaud et le froid. À cela, il faudra ajouter la double posture de l’exécutif congolais à entretenir des relations dangereuses avec des voisins de l’Est et l’incapacité de l’opposition institutionnelle à se servir pleinement des prérogatives que lui confère la Constitution. Cette inconscience de la classe politique ne fait que fragiliser le pays et l’exposer davantage aux appétits voraces, aux relents d’expansionnisme et de pillage, des voisins pauvres et confinés dans un espace réduit. Il faudra donc un sursaut patriotique pour sortir le Congo-Kinshasa de l’impasse dans lequel on l’a parqué pour mieux l’achever.

Le dialogue inclusif citoyen

Les pourparlers de Kampala devront permettre à Kinshasa de faire échouer les projets de balkanisation en externalisant les négociations. Mais les Congolais, confrontés à une situation tragique dans laquelle les véritables agresseurs sont juges et parties, ne pourront s’en tirer à bon compte qu’à l’aide d’un dialogue inclusif citoyen. Bien entendu, le sursaut patriotique leur permettra tout d’abord de lever l’équivoque sur la légitimité et l’illégitime des uns et des autres, ou alors de se mettre d’accord sur le fonctionnement du pays à court terme – l’objectif étant de poser les bases solides en vue de la cohésion nationale, de la fin du génocide congolais ainsi que des élections crédibles et transparentes. Ce sera la seule façon de mettre en place des institutions républicaines. Toutes les forces vives de la Nation, y compris celles qui œuvrent en dehors des frontières nationales, doivent être associées à cette palabre entre Congolais.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

À lire aussi :
- La cohésionale, condition sine qua non pour l'unité de la RDC ;
- Cinq question à Gaspard-Hubert Lonsi Koko ;
- RDC : l’aveu d’impuissance d’Augustin Matata Ponyo ;
- Le combat pour la RDC du troisième millénaire.

samedi 15 décembre 2012

APRES LA DEROUTE DE L'ARMEE CONGOLAISE A GOMA

Ferdinand Lufete(*) : "La RDC n'a pas une armée fiable"

1. Comment expliquez-vous la facilité avec laquelle Goma est tombée entre les mains des rebelles du M23 ?

La question que l’on peut se poser aujourd’hui est simple : existe-il une armée nationale en RDC ? Nos vaillants soldats n’ont pas fait leur travail entend-t-on dire ici ou là. Est-ce de leur faute ou celle de leurs commandants ? Je ne peux répondre à cette question. Ce que je sais, l’armée congolaise a subi un sérieux revers en échouant à repousser les rebelles du M23 qui ont pris sans résistance la ville de Goma. Notre armée a été humiliée. Après avoir posé leurs conditions et obtenu des avancées, les rebelles du M23 ont enfin décidé de se retirer de Goma. Pas selon le calendrier des présidents qui ont pris l’habitude de se réunir à Kampala pour résoudre la crise dans la région des Grands Lacs, ou selon les pressions internationales ( Union africaine, ONU, etc.), mais selon leur propre calendrier. Ils se sont retirés de la ville quand ils l’ont décidé en laissant la place aux FARDC qui n’ont rien d’autre à faire qu’un retour timide, sans éclat et sans bravoure. La honte dans l’âme. Fort de leurs succès sur le terrain, les rebelles du M23 ont de quoi avoir le verbe haut et estimer qu’ils auront toujours leur mot à dire dans l’administration de cette ville de Goma qu’ils ont laissé par pitié. Même sans pressions internationales, le fait d’obtenir les autorités congolaises à la table de négociation est une autre victoire en plus des victoires militaires.

2. Alors, que fait la Monusco ?

Difficile d’expliquer l’impuissance de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC. Avec 17.000 soldats, 1400 policiers et 720 observateurs militaires, la Monusco n’a rien pu faire contre l’avancée des rebelles du M23. Comment se fait-il que la plus grande opération des Nations Unies dans le monde n’arrive pas à arrêter une rébellion ? Comment ne pas évoquer un complot international ? Si tel n’est pas le cas, il faut penser autrement. Nous sommes un bon nombre d’acteurs politiques congolais en France à demander le changement  de la mission de la Monusco et sa transformation en une véritable force d’intervention aux côtés des FARDC, à partir de la frontière rwandaise , et, au cas où l’ONU refuserait de requalifier sa mission , son remplacement par d’autres forces neutres, notamment l’Africom. Notre plate-forme politique, l’Adr, par la voix de son président, François Muamba, a déjà proposé le déploiement de cette force américaine le long de la frontière entre la RDC et le Rwanda pour combattre les rebelles du M23, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et autres groupes armés opérant dans cette région. Pour nous, l’appel aux troupes de l’Africom est la réponse exacte et adaptée à la situation d’insécurité qui prévaut dans les deux Kivu.  

3. Faute d’une armée nationale, républicaine et forte, les Congolais sont humiliés en permanence, diriez-vous ?

C’est un secret de polichinelle de dire que la RDC n’a pas une armée fiable. Il faut absolument la doter d’une armée républicaine, dissuasive, capable d’assurer la sécurité des Congolais et l’intégrité de leur territoire face aux menaces et à toutes les velléités des groupes armés. L’adjectif républicain doit être bien compris par les Congolais ou ceux qui se considèrent comme tel. Un soldat intervient pour la défense collective du territoire national. Il est donc censé être affecté dans une autre région que la sienne. Une réalité que ne semble pas admettre les rebelles du M23. Ils veulent réaliser toutes leurs missions dans le Nord et Sud Kivu. Cela trahit un comportement suspicieux et très sceptique.
  
4. Comment expliquez-vous la faiblesse de l’armée congolaise aujourd’hui ?

Depuis 1996, les conflits récurrents en RDC n’ont pas servi la cause de notre armée nationale. Les Forces armées zaïroises (FAZ) qui, à l’époque, étaient l’une des meilleures en Afrique centrale, ont été démantelées. La guerre de libération de 1996 menée par Laurent- Désiré Kabila et celle du 2 août 1998 ont désintégré complètement notre force militaire. Depuis l’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila en 2001, différentes options ont été prises pour la mise en place d’une armée nationale digne de ce nom. Les résultats se font encore attendre.  

5. Le président de l’Adr, François Muamba, est à la table de négociation à Kampala. Y a-t-il sa place, selon vous ?

Bien sûr. Dans une interview, d’ailleurs, le président François Muamba  a  expliqué la raison de sa présence à la rencontre de Kampala. Il y est en sa qualité de président d’un regroupement politique représenté à l’Assemblée nationale et membre du groupe  consultatif permanent mis en place par le Président Joseph Kabila pour favoriser la cohésion et l’unité nationale. Personnellement,  je ne trouve rien d’anormal qu’un acteur politique de sa trempe accompagne les membres du gouvernement dans leurs efforts de rétablir la paix au Nord-Kivu. La guerre dans l’Est, c’est l’affaire de tous les Congolais. En outre, l’Adr est dans une opposition constructive. Ce n’est pas dans cette circonstance particulièrement douloureuse pour la RDC que nous allons nous radicaliser. Notre pays est en danger, il faut le défendre et le sauver.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France (Le Potentiel)

(*) Coordinateur en France de la plate-forme politique Alliance pour le développement et la République (Adr)

mardi 11 décembre 2012

Réagissant aux négociations de Kampala entre le gouvernement de la RDC et les rebelles du M23

Gaspard-Hubert Lonsi Koko: « L’unité nationale ne doit être hypothéquée sous aucun prétexte ».
1. Les rebelles du M23 ont quitté Goma. Pensez-vous que ce retrait résout la crise ?
Ce retrait ne peut résoudre la crise qu’en tenant compte de deux facteurs fondamentaux. Si le M23 est un mouvement local soutenu par des pays étrangers, les rebelles qui le composent sont censés savoir qu’aucun citoyen congolais n’est au-dessus des lois de la République. Leurs chefs devront être traduits en justice pour violation des articles 63, 64, 66, 67 de la Constitution et pour haute trahison du fait d’agir en intelligence avec les ennemis de la Nation. Si le M23 est composé d’éléments étrangers s’étant approprié la citoyenneté congolaise, cela confirme l’agression de notre pays par les voisins ougandais, burundais et rwandais. En conséquence, le gouvernement devra recourir aux dispositifs constitutionnels appropriés – plus précisément aux articles 85 et 86, ainsi qu’au second alinéa de l’article 214 de la Constitution. Le président de la République devra décréter l’état de siège et demander à ses alliés de la SADC, de la CEEAC, de l’Union africaine et de la Francophonie de s’impliquer dans une négociation globale, voire d’intervenir militairement aux côtés des FARDC, pour rétablir l’ordre dans la région du Kivu et pacifier l’ensemble du territoire national.

2. Quelle réflexion vous inspire les pourparlers engagés à Kampala entre la délégation du gouvernement de la RDC et les rebelles du M23 ?
Cette rencontre avec le M23 doit avoir comme finalité la mise au point sur la sécurisation du territoire national. Elle ne doit en aucun cas servir de cadre à la négociation en vue du partage des compétences administratives et de l’attribution des postes ministériels. Elle doit être l’occasion d’accompagner les menteurs jusqu’à la porte. J’invite donc à la prudence et à la clairvoyance les membres de la délégation gouvernementale, car il est question de la cohésion nationale. L’unité nationale ne doit être hypothéquée sous aucun prétexte.
 
3. Faites-vous confiance à cette délégation conduite par le ministre des Affaires étrangères, Raymond Tshibanda ?
Raymond Tshibanda étant le patron de la diplomatie congolaise, il est judicieux qu’il conduise une telle délégation. Mais, il faudra le quitus du Parlement pour que le ministre des Affaires étrangères engage le pays dans tout accord relatif à la sécurité de nos populations, à la paix et à l’intégrité du territoire.

4. Comment réagissez-vous au refus des principaux partis d’opposition de participer à ces négociations ?
Le bon sens voudrait, effectivement, que l’on ne négocie pas avec des criminels, de surcroît agresseurs et acteurs de la déstabilisation. Mais comme la RDC s’est retrouvée avec des forces armées téléguidées de l’extérieur à défaut d’une institution militaire aguerrie, elle est contrainte de se rendre à Kampala pour rappeler la nécessité d’une médiation plus large devant inclure ses alliés habituels et d’un dialogue inter-congolais, auquel prendront part les Congolais de l’étranger, pour sortir de la crise qui paralyse politiquement le pays. En effet, la diaspora est composée des Congolais à part entière bénéficiant des mêmes droits et devoirs que leurs compatriotes de l’intérieur. Leurs représentants doivent être choisis dans les différents pôles géographiques sur la base des critères précis : capacités politiques, intellectuelles et relationnelles au regard des autorités des pays, ou du continent, où ils vivent.

5. Comment mettre un terme définitif à cette guerre et au drame humain qui se joue à l’Est de la RDC ?
Une réelle volonté politique et un patriotisme sans faille sont indispensables pour un Etat de droit, la stabilité et l’indivisibilité de la RDC. Il faudra commencer par mettre en place des conditions d’une véritable réconciliation nationale autour des valeurs républicaines et un gouvernement d’union nationale ou de salut public dans le contexte de l’état d’urgence, tout en garantissant le caractère inaliénable de la nationalité congolaise d’origine, conformément à l’alinéa 3 de l’article 10 de la constitution, ainsi que le droit de vote et d’éligibilité des Congolais de l’étranger. Il faudra aussi préparer des élections libres et crédibles, en commençant par les scrutins locaux, et créer des juridictions d’exception en vue des poursuites contre les auteurs des crimes de guerre, des crimes contre l’Humanité, des violations des droits fondamentaux de la personne humaine et pour haute trahison. Il faudra aussi obtenir le changement de la mission de la Monusco et sa transformation en une force d’intervention aux côtés des FARDC, à partir de la frontière rwandaise, et, au cas où les Nations Unies refuseraient de requalifier sa mission, son remplacement par les forces de l’Union africaine ( à l’exclusion des pays voisins de l’Est), et ou de l’Eurofor, ou alors de l’Africom. Enfin, il faudra maîtriser l’insécurité et restaurer l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national grâce à une armée et à une police républicaines et performantes.

Propos recueillis par Robert Kongo (correspondant en France)

(*) Porte-parole du Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC).

© Le Potentiel

vendredi 7 décembre 2012

Rencontre de Kampala sur la RDC : négociations ou mise au point ?

Les représentants politiques du M23 et une délégation officielle mandatée par le pouvoir de Kinshasa se retrouvent à Kampala, la capitale ougandaise, où se déroulera ce vendredi 7 décembre, en l’absence du président Joseph Kabila et de Jean-Marie Runiga, des pourparlers entre une délégation du pouvoir congolais et les représentants des agresseurs à la solde du Rwanda, du Burundi et de l’Ouganda.

Les avis sont partagés dans la capitale congolaise. En effet, la majorité de la population et de l’opposition est catégoriquement opposée aux négociations avec les agresseurs tandis que le pouvoir ainsi qu’une infime minorité de l’opposition et de la société civile y sont favorables. Une chose est certaine. Si la politique de la chaise vide n’est pas forcément la bonne, le fait de se parler ne veut pas obligatoirement dire qu’il faille négocier. D’autant plus que l’ordre du jour n’est pas encore clarifié.

Désaccord entre les deux délégations

Les agresseurs de la République Démocratique du Congo, en l’occurrence le M23, souhaitent évoquer, à l’occasion de la rencontre de Kampala, de nombreux sujets : notamment les revendications sociales des militaires mutins, la démocratie, les droits de l’Homme, la gouvernance, l’implication de la diaspora congolaise, la reconnaissance de l’opposant Étienne Tshisekedi comme le président élu… Mais les autorités congolaises, quant à elles, ont prévenu qu’elles parleraient seulement de l’application de l’accord du 23 mars, qui avait intégré dans l’armée les insurgés du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP)[1]. Le désaccord existe déjà, s’agissant de l’ordre du jour. Ainsi, les pourparlers de Kampala risquent-ils de terminer en queue de poisson. Si c’est le cas, Kinshasa montrerait sa bonne foi tandis que les agresseurs confirmeraient leurs vraies intentions : à savoir l’occupation de la région du Kivu, par des forces étrangères, en vue de la balkanisation de la République Démocratique du Congo.

Quitus du Parlement congolais

La délégation du pouvoir congolais, conduite par le ministre des Affaires étrangères Raymond Tshibanda, doit en effet axer les échanges sur les seuls points ayant conduit à l’existence même du M23, c’est-à-dire aux revendications en rapport avec l’accord du 23 mars 2009. De plus, les autres exigences des anciens membres du CNDP, même si elles sont légitimes, ne nécessitent pas que l’on prenne des armes pour déstabiliser le pays, de violer les femmes et les enfants, de semer la mort et la terreur, d’agir en intelligence avec les ennemis… Il existe d’autres façons, beaucoup plus pacifiques, de montrer le mécontentement populaire : les manifestations et les grèves, par exemple.
De toute évidence, les premières conclusions de ces pourparlers devront être soumises au Parlement. Cette institution devra se prononcer, favorablement ou négativement, en fonction de l’intérêt supérieur de la Nation congolaise. Le quitus parlementaire est donc nécessaire, conformément au premier alinéa de l’article 5 de la Constitution de la République Démocratique du Congo[2].

Attentes du peuple congolais

En aucun cas, dans sa plus grande majorité, le peuple congolais veut des négociations avec les agresseurs qui, dans l’absolue, méritent d’être poursuivis par les tribunaux aussi bien locaux, nationaux, régionaux qu’internationaux. Le peuple congolais attend plutôt de la délégation de Kinshasa qu’elle mette d’emblée les points sur les « i ». Elle doit rappeler aux agresseurs qu’aucun citoyen congolais n’est au-dessus des lois de la République, notamment celles se référant aux dispositifs relatifs aux articles 63[3], 64[4], 66[5] et 67[6] de la Constitution. Effectivement, les citoyens Congolais n’ont pas que des droits mais aussi des devoirs au regard de la Nation.
Le peuple congolais attend aussi de la délégation conduite par Raymond Tshibanda de clamer avec « force et vigueur » que la République Démocratique du Congo est victime d’une agression décrétée par des pays étrangers. En conséquence, son exécutif aura recours aux dispositifs constitutionnels idoines – plus précisément aux articles 85[7] et 86[8] ainsi qu’au second alinéa de l’article 214[9] de la Constitution et demandera, en tant qu’État souverain, à ses alliés d’Afrique centrale, de la SADC[10], de l’Union africaine et de la Francophonie de participer à une négociation globale pour pacifier dans les meilleurs délais l’ensemble du territoire national.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

À lire aussi :

- Le combat pour la RDC du troisième millénaire 
- Sommet de Kampala au sujet de la RDC : de qui se moque-t-on ?
Notes :
[1] Ce groupe rebelle avait alors été intégré dans l’armée, avant d’entrer à nouveau en dissidence sous l’appellation M23 (Mouvement du 23-Mars).
[2] La souveraineté nationale appartient au peuple. Tout pouvoir émane du peuple qui l’exerce directement par voie de référendum ou d’élections et indirectement par ses représentants. Aucune fraction du peuple ni aucun individu ne peut s’en attribuer l’exercice…
[3] Tout Congolais a le droit et le devoir sacré de défendre le pays et son intégrité territoriale face à une menace ou à une agression extérieure.
Un service militaire obligatoire peut être instauré dans les conditions fixées par la loi. 
Toute autorité nationale, provinciale, locale et coutumière a le devoir de sauvegarder l’unité de la République et l’intégrité de son territoire, sous peine de haute trahison.
[4] Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu, ou groupe d’individus, qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. Toute tentative de renversement du régime constitutionnel constitue une infraction imprescriptible contre la nation et l’État. Elle est punie conformément à la loi.
[5] Tout Congolais a le devoir de respecter et de traiter ses concitoyens sans discrimination aucune et d’entretenir avec eux des relations qui permettent de sauvegarder, de promouvoir et de renforcer l’unité nationale, le respect et la tolérance réciproques. Il a, en outre, le devoir de préserver et de renforcer la solidarité nationale, singulièrement lorsque celle-ci est menacée.
[6] Tout Congolais a le devoir de protéger la propriété, les biens et intérêts publics et de respecter la propriété d’autrui.
[7] Lorsque des circonstances graves menacent, d’une manière immédiate, l’indépendance ou l’intégrité du territoire national ou qu’elles provoquent l’interruption du fonctionnement régulier des institutions, le Président de la République proclame l’état d’urgence ou l’état de siège, après concertation avec le Premier ministre et les Présidents des deux Chambres, conformément aux articles 144 et 145 de la présente Constitution.
[8] Le Président de la République déclare la guerre par ordonnance délibérée en Conseil des ministres après avis du Conseil supérieur de la défense et autorisation de l’Assemblée nationale et du Sénat, conformément à l’article 143 de la présente Constitution.
[9] Nulle cession, nul échange, nulle adjonction de territoire n’est valable sans l’accord du peuple congolais consulté par voie de référendum.
[10] La Communauté de développement d’Afrique australe.

lundi 3 décembre 2012

La RD Congo : le patriotisme d'abord

Face à la tragédie qui se déroule sur fond de génocide dans la région du Kivu, l’opposition congolaise est tiraillée entre l’acceptation des agresseurs soutenus par les pays voisins de l’Est et l’illégitimité, c’est-à-dire l’illégalité, du pouvoir de Joseph Kabila. On peut comprendre cette hésitation cornélienne dans la mesure où il a échoué, durant les douze années de son règne, dans la pacification de la République Démocratique du Congo. Pyromane expert, mais médiocre pompier, le président congolais expose, à n’en pas douter, le pays à la balkanisation.

Une diplomatie moribonde et une armée non opérationnelle

Les insuffisances de la diplomatie congolaise ne sont plus à démontrer. C’est parce que ses voisins de l’Est, en particulier le Rwandais, ont réussi à se faire représenter dans les institutions internationales et à nouer des relations solides avec les puissances étrangères – surtout occidentales – pour mieux assurer leurs arrières que la République Démocratique peine à défendre ses intérêts et à obtenir des sanctions contre ses agresseurs. Dans pareilles circonstances, seule l’option militaire pourra lui permettre d’enrayer les agressions dont elle fait l’objet. Mais la chaîne de commandement des Forces armées de la République Démocratique du Congo, qui plus est infiltrée par les agresseurs, a montré ses limites. Dans l’incapacité de mener la politique de la carotte et du bâton, impuissant et abandonné à lui lui-même, le Congo-Kinshasa voit l’étau s’enfermer de plus en plus sur lui. En conséquence, la région du Kivu est exposée à la balkanisation.

Les alliances avec les agresseurs

En proie à une haine viscérale et encline aux intérêts personnels au détriment du bonheur des populations, la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, confirme son incapacité. La majorité en place préfère exposer à la déstabilisation pour mieux s’adonner aux trafics de tout genre, et l’opposition institutionnelle souhaite ouvrir grand les bras aux agresseurs dans l’espoir d’accéder au pouvoir. Ainsi le président Joseph Kabila s’est-il associé avec le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), dont les éléments constituent l’ossature de l’actuel Mouvement du 23 mars (M23). Pour ce qui est de l’opposition, elle espère que le M23 prenne la région du Kivu dès lors que cela peut permettre la chute du régime kabiliste. Quant au peuple congolais, à force de rester sans arrêt les bras croisés, il est le dindon idéal de la farce.

Une mobilisation populaire

La résolution des conflits qui déstabilisent l’Est de la République Démocratique du Congo viendra d’abord du patriotisme, et non du soutien à des agresseurs qui, sous un discours aux élans démocratiques, ne visent qu’à exécuter un plan concocté par des puissances extracontinentales. L’arrivée au pouvoir en 1997 de Laurent-Désiré Kabila dans le bagage des Rwandais, Ougandais et Burundais ne cesse de coûter très cher au peuple congolais. Il faut être amnésique, ou alors avoir la mémoire courte, pour commettre aujourd’hui la même sottise. Avoir été trompé une fois n’implique pas forcément la faute de la victime, mais se faire duper deux fois confirme sa naïveté. D’aucuns savent qu’entre deux maux, l’on doit choisir le moindre. L’heure n’est plus à l’émotion et aux lamentations, mais à la mobilisation populaire.
Pour mettre un terme aux velléités expansionnistes de ses voisins de l’Est et faire échouer le plan de quelques puissances extracontinentales, l’implication des forces vives la Nation congolaise s’impose. Le peuple congolais doit donc commencer par clarifier l’ambiguïté et la complicité du pouvoir, ainsi que d’une certaine classe politique. Cela passera, à court terme, par une réconciliation nationale sur la base des valeurs démocratiques et la mise en place d’un gouvernement d’union national, ou de salut public, dans le contexte de l’état d’urgence. Mais encore faut-il tenir compte des erreurs du passé. Ce deux volets constituent la condition sine qua non en vue d’un État de droit, de la stabilité et de l’intangibilité des frontières, de l’organisation des élections générales libres et crédibles.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

À lire aussi

- Sommet de Kampala au sujet de la RDC: de qui se moque-t-on ? ;
- Debout, Congolais ! ;
- Quelle perspective immédiate pour la RDC ?

dimanche 2 décembre 2012

RDC : A Paris, des partis politiques plaident pour un gouvernement d'union nationale

La reprise de la guerre au Nord-Kivu entre les rebelles du M23 et l'armée régulière inquiète des partis politiques et des associations congolaises de la diaspora à Paris. Une plateforme propose des pistes pour sortir de l'impasse et du risque de "balkanisation" de la RDC.

Le 28 novembre, plusieurs partis politiques et associations congolaises de France se sont réunis à Paris pour évoquer la crise qui secoue l'Est de la République démocratique du Congo. Depuis le mois d'avril, la rébellion du M23 défie le président Kabila et s'est emparée de plusieurs territoires du Nord-Kivu, avant de prendre la ville Goma le 20 novembre dernier. Après l'appel de 11 chefs d'Etat de la région des Grands Lacs, le M23 a accepté, ce samedi, de se retirer de Goma. Mais si l'offensive du M23 a cessé, la guerre est loin d'être terminée [lire la suite].

Christophe Rigaud

© Afrikarabia

vendredi 30 novembre 2012

Guerre au Nord-Kivu

Une représentation des partis politiques congolais en France appelle à la cohésion nationale .
Ils combattent "pour l'intérêt supérieur de la nation"

A l’initiative de quelques partis politiques congolais , une conférence de presse sur la guerre au Nord-Kivu s’est tenue mercredi 28 novembre  à Paris. Soucieux de l’ampleur que prend la crise dans la partie orientale de la RDC, Gaspard-Hubert Lonsi Koko ( Porte-parole du Rassemblement pour le développement et la paix au Congo), Kabeya N’Kashama-Mutoke ( Membre du Conseil national du Congrès des démocrates pour le progrès social) et Ferdinand Lufete  (Coordinateur en France de la plate-forme politique Alliance pour le développement et la République) appellent à la cohésion nationale pour faire face à l’agression dont le pays est victime de la part des rebelles du M23 soutenus par le Rwanda et l’Ouganda.
Après un propos liminaire d’une dizaine de minutes, les trois acteurs politiques   ont répondu aux questions des journalistes étrangers et congolais pendant près d’une heure et demie. Et le moins que l’on puisse dire , c’est qu’ils ont su faire passer leur message. Prenant tour à tour un air grave, tourmenté… , à l’évocation de certains noms et faits, ils ont répondu avec brio et d’une seule voix à toutes les questions qui leur ont été posées.
Gaspard-Hubert-Lonsi Koko, Kabeya N’Kashama-Mutoke et Ferdinand Lufete ont évoqué l’Histoire de la RDC depuis 1997. Loin d’ être des suppôts du mobutisme ou des actuels dirigeants du pays , ils sont totalement convaincus que le même scénario mis en place par le Rwanda, l’Ouganda, et dans le Burundi (soutenus par la communauté internationale), pour chasser le Maréchal Mobutu du pouvoir, est en train de se reproduire.
Les trois orateurs ont exprimé leur écœurement et leur consternation après les crises à répétition que vit le pays depuis la prise du pouvoir par l’Alliance des forces démocratiques pour la libération  du Congo (AFDL) et l’avènement du Parti du peuple pour la reconstruction et la démocratie (PPRD), « conséquences du non-respect de différentes résolutions et accords signés  par ceux qui gouvernent , par défi, la République Démocratique du Congo ». 
«Devons-nous encore accepter un autre poulain de l’Ouganda, du Burundi et du Rwanda, après des pilules mortelles que l’on nous a fait avaler  en 1997, en 2001, en 2006 et en 2011 ? », se sont-ils interrogés.
Ils ont fustigé « les velléités expansionnistes des voisins de l’Est » de la RDC dont l’ambition n’est plus un secret pour personne : « Balkaniser le Congo ». Et pour atteindre leur objectif macabre, « ils se sont associés à des entreprises étrangères, lesquelles sont soutenues par des puissances extracontinentales »

RESPONSABILITE PARTAGEE

Gaspard-Hubert Lonsi Koko, Kabeya N’Kashama-Mutoke et Ferdinand Lufete ont dénoncé avec force l’inertie et la complicité de la communauté internationale et de certaines puissances extracontinentales qui n’ont jamais clairement condamné les crimes dont est victime le peuple congolais  dans la région du Kivu : l’extorsion, le harcèlement, les pillages et viols des mamans, sœurs et enfants.
Ils constatent avec amertume et indignation que les forces onusiennes dont la mission est de  protéger les populations congolaises de la région du Kivu, qui subissent les affres de guerre, et d’assurer la stabilisation du pays, « côtoient les agresseurs de la RDC en toute indifférence dans des régions occupées ». Contrairement à la charge qui leur a été confiée, le travail de ces forces consiste maintenant  à « faciliter le noyautage de la chaîne de commandement de l’Armée nationale congolaise, y compris l’infiltration d’autres institutions aussi bien économiques que politiques », ont-ils fait remarquer.
Une grande majorité de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, porte  également une part de responsabilité dans les conflits irrésolus que traverse le pays. « Elle ne joue pas franc jeu », ont-ils dit.
«  Elle a sciemment failli dans la tâche qui a consisté à doter la RDC d’une majorité gouvernementale incontestable, soucieuse de la gestion de la chose publique au profit du peuple, et d’une opposition crédible. Elle a retardé la réforme de l’armée, des forces de sécurité et de police. Elle n’a pas exhorté le gouvernement à doter le pays d’une force de défense et de dissuasion capable de faire face à une quelconque menace extérieure. Ainsi a-t-elle agi en intelligence avec les ennemis de notre peuple. La classe politique a tout simplement trahi la nation. »

LE PATRIOTISME D’ABORD

Au-delà de leurs sensibilités politiques, les trois orateurs privilégient le patriotisme car pour le peuple congolais l’heure est grave : le pays est agressé. Une attaque ayant occasionné la prise de la ville stratégique  de Goma, à l’Est de la RDC, par les rebelles du M23. 
Fort de ce constat, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, Kabeya N’Kashama-Mutoke et Ferdinand Lufete appellent, sans démordre, à la cohésion nationale autour de cette agression, qu’ils condamnent fermement, pour bouter l’ennemi hors du territoire national et mettre définitivement un terme à la guerre au Nord-Kivu.
Ils demandent au gouvernement de mettre en place « des conditions d’une véritable réconciliation nationale autour des valeurs républicaines, dans un élan patriotique collectif, pour la défense de la nation infiltrée, agressée et occupée, et la formation d’un gouvernement d’union nationale, ou de salut public, dans le contexte de l’état d’urgence. »
Ils proposent « la création des juridictions d’exception en vue des poursuites contre les auteurs des crimes de guerre, des crimes contre l’Humanité, des violations de droits fondamentaux de la personne humaine et haute trahison. »
S’agissant de la sécurisation du territoire national, les trois orateurs proposent « le changement de la mission de la Monusco et sa transformation en force d’intervention aux côtés des FARDC, à partir de la frontière rwandaise, et, au cas où les Nations Unies refuseraient de requalifier sa mission, son remplacement par les forces de l’Union africaine-à l’exclusion des pays voisins de l’Est-, ou de l’Eurofor, ou alors de l’Africom. »
Ils demandent au gouvernement de procéder au « désengagement des officiers originaires du Kivu et leur redéploiement dans d’autres régions du pays, les Régions militaires du Kivu devant être placées sous le commandement des officiers non locaux. »
Ils demandent en outre « la mise en place d’une armée et d’une police républicaines et performantes, ainsi que la maîtrise de l’insécurité et la restauration de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national. »
Pour instaurer une paix durable dans la Région des Grands Lacs, les trois acteurs politiques congolais préconisent  l’obtention du dialogue inter-rwandais en vue d’assurer le rapatriement en toute sécurité des combattants FDLR et d’autres réfugiés rwandais dans leur pays.
« La réconciliation du peuple rwandais avec lui-même est le seul gage d’une cohabitation pacifique et pérenne entre les deux communautés, Hutus et Tutsi, qui s’entre-tuent depuis des lustres », assurent-ils. « A défaut, l’élaboration d’un plan de désarmement et d’éloignement des combattants FDLR dans un pays non limitrophe du Rwanda, conformément aux dispositifs de la Convention de Genève. » Ils sont tous favorables à ce qu’une discussion s’engage sur « la gestion commune des ressources frontalières ».
Pour Gaspard-Hubert Lonsi Koko, Kabeya N’Kashama-Mutoke et Ferdinand Lufete, cette conférence de presse était l’occasion de montrer à la face du monde que le peuple congolais est capable en toutes circonstances de combattre ses faiblesses, dépasser les clivages et antagonismes politiques pour défendre et sauver la nation.  
                                                      
Robert Kongo, correspondant en France

© Le Potentiel

mercredi 28 novembre 2012

Conférence de presse des Partis politiques et des Associations congolaises de France

Pour la cohésion nationale et la pacification de la République Démocratique du Congo

Si l’Histoire est un perpétuel recommencement, il revient aux humains de ne pas avoir la mémoire courte. Ce qui est en train de se passer dans l’Est de la République Démocratique du Congo, plus précisément dans la région du Kivu, rappelle tristement les manœuvres ayant permis la chute du pouvoir mobutiste en 1997. Certes, nous ne regrettons nullement le régime dictatorial du maréchal Mobutu. Notre prise de position ne constitue pas non plus un soutien à un quelconque gouvernement, mais elle prend en compte le seul intérêt supérieur du peuple et de la Nation congolaise. En tout cas, force est de constater la ressemblance du scénario actuel avec celui qui a été mis en scène, par les mêmes acteurs, il y a de cela 15 ans. Personne n’ignore que nous sommes en train de subir les conséquences des anciens alliés de Laurent-Désiré Kabila et du pouvoir actuel.
Devons-nous encore accepter un autre poulain de l’Ouganda, du Burundi et du Rwanda, après des pilules mortelles que l’on nous a fait avaler en 1997, en 2001, en 2006 et en 2011 ? Toutes les crises connues, depuis la prise du pouvoir par l’AFDL et l’avènement du PPRD, sont les conséquences du non-respect de différentes résolutions et accords (Conférence nationale souveraine, Accords de Lusaka et de Sun City) par ceux qui gouvernent, par défi, la République Démocratique du Congo.

I - Velléités expansionnistes de nos voisins de l’Est


Depuis le déclenchement de la guerre de 1997, nos voisins de l’Est ont pris une sérieuse option sur notre devenir. Pour faire main basse sur nos terres et nos ressources minérales, ils essaient de balkaniser notre pays par tous les moyens et à n’importe quel prix. Pour atteindre leur objectif, ils se sont associés à des entreprises étrangères, lesquelles sont soutenues par des puissances extracontinentales. En contrepartie, ils doivent faire de la République Démocratique du Congo, dans le pire des cas, un « no man’s land » où lesdites entreprises s’approvisionneront en minerais rares à moindres frais. Dans le meilleur des cas, ils doivent occuper la partie orientale de notre pays afin de la transformer en une zone franche au profit des forces coalisées.

II - Inertie et complicité significatives de la communauté internationale

L’articulation du plan des forces coalisées contre notre pays est probablement programmée par la communauté internationale.
 Raison pour laquelle les forces onusiennes ne cessent de s’interposer entre les Forces armées de la République Démocratique du Congo et les différents mouvements de déstabilisation, et de côtoyer nos agresseurs en toute indifférence dans des régions occupées. Leur objectif consiste à faciliter le noyautage de la chaîne de commandement de l’armée nationale congolaise, y compris l’infiltration d’autres institutions aussi bien économiques que politiques.

III - Ambiguïté et complicité du pouvoir et d’une certaine classe politique congolaise


Nous sommes conscients du fait qu’une grande majorité de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, ne joue pas franc jeu. Elle a sciemment failli dans la tâche qui a consisté à doter la République Démocratique du Congo d’une majorité gouvernementale  incontestable, soucieuse de la gestion de la chose publique au profit du peuple, et d’une opposition crédible, c’est-à-dire constructive. Ainsi a-t-elle agi en intelligence avec les ennemis de notre peuple. La classe politique a tout simplement trahi la Nation.
En ayant retardé la reforme de l’armée, des forces de sécurités et de police, conformément à l’accord global et inclusif de Pretoria, le gouvernement n’a pas voulu doter le pays d’une force de défense et de dissuasion capable de faire face à une quelconque menace extérieure.
Nous ne sommes pas du tout dupes. En effet, nous sommes conscients que les forces négatives veulent profiter de notre faiblesse en matière de défense du territoire, de l’illégitimité et de l’illégalité du pouvoir en place pour se débarrasser d’un partenaire qu’ils ont pourtant soutenu, sans aucun projet de société, aux élections bâclées de 2006 et du 28 novembre 2011. Ce n’est donc pas pour libérer le peuple congolais d’un allié désavoué par la majorité de notre peuple qu’elles sèment la mort et la terreur, mais plutôt pour achever un processus d’occupation, voire de balkanisation, déjà planifié dans les capitales occidentales.

IV - Ni Charybde, ni Scylla


Le peuple congolais se trouve aujourd’hui face à un dilemme à la fois kafkaïen et cornélien. De plus, les partisans de la balkanisation et ceux de l’occupation du Congo-Kinshasa l’ont obligé à faire le choix entre Charybde et Scylla, entre l’insécurité et la soumission, entre la violence et le génocide.


 Fort heureusement, au-delà des tendances politiques, nous sommes une grande majorité des Congolaises et des Congolais de l’étranger et de l’ensemble du territoire national à privilégier le patriotisme. Nous estimons que l’avenir de la République Démocratique du Congo dépend de l’émergence d’une nouvelle voie excluant celle qui a été empruntée depuis 2001 par une classe politique qui a failli et par des personnes sans foi ni loi qui ont versé le sang de notre peuple, violé nos mères, nos femmes et nos enfants, pillé nos ressources naturelles et déstabilisé notre pays. Cette classe politique est aujourd’hui préoccupée par l’enrichissement insolent, au mépris de la misère de notre peuple chosifié.

En conséquence, Nous, Partis politiques et Associations congolaises de France :
- condamnons avec la dernière énergie l’agression de notre pays, sur sa partie orientale, ayant occasionné la prise de Goma ;
- dénonçons les manœuvres, en cours et en perspective, planifiées depuis l’extérieur du continent africain ;
- dénonçons l’attitude de la communauté internationale et de certaines puissances extracontinentales qui soutiennent la déstabilisation de la République Démocratique du Congo et orchestrent le massacre de notre peuple depuis 15 ans ;
- lançons un appel solennel au peuple congolais, aux organisations politiques et à toutes les forces vives à se mobiliser contre les agresseurs afin de mettre définitivement un terme aux guerres du Kivu.

V - Nos propositions

Au vu des arguments évoqués ci-dessus, pour l’intérêt supérieur du peuple congolais, nous faisons ci-après des propositions en vue d’un État de droit, de la stabilité et de l’indivisibilité de la République Démocratique du Congo, ainsi que de la pacification de la Région des Grands Lacs africains.
1. Sur la cohésion nationale – partant du principe que les élections bâclées de novembre 2011, l’incapacité morale, politique et opérationnelle des institutions ôtent au régime actuel toute légitimité sur le plan interne et toute crédibilité vis-à-vis de l’extérieur –, nous préconisons :
- la mise en place des conditions d’une véritable réconciliation nationale autour des valeurs républicaines, dans un élan patriotique collectif, pour la défense de la nation infiltrée, agressée et occupée ;
- la mise en place, sans pour autant sombrer dans les erreurs du passé, d’un gouvernement d’union nationale, ou de salut public, dans le contexte de l’état d’urgence ;
- l’incessibilité de la nationalité congolaise d’origine, conformément à l’alinéa 3 de l’article 10 de la Constitution, ainsi que le droit de vote et d’éligibilité des Congolais de l’étranger ;
- la préparation, dans un délai raisonnable, des élections générales libres et crédibles, en commençant par les élections locales ;
- la création des juridictions d’exception en vue des poursuites contre les auteurs des crimes de guerre, des crimes contre l’Humanité, des violations de droits fondamentaux de la personne humaine et haute trahison.

2. Sur la sécurisation du territoire national, nous proposons :

- le changement de la mission de la Monusco et sa transformation en force d’intervention aux côtés des FARDC, à partir de la frontière rwandaise, et, au cas où les Nations Unies refuseraient de requalifier sa mission, son remplacement par les forces de l’Union africaine (à l’exclusion des pays voisins de l’Est), ou de l’Eurofor, ou alors de l’Africom ;
- la mise en place d’une armée et d’une police républicaines et performantes, ainsi que la maîtrise de l’insécurité et la restauration de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national ;
- le désengagement des officiers originaires du Kivu et leur redéploiement dans d’autres régions du pays, les Régions militaires du Kivu devant être placées sous le commandement des officiers non locaux.

3. Sur la paix durable dans la Région des Grands Lacs, nous préconisons :

- l’obtention du dialogue inter-rwandais en vue d’assurer le rapatriement en toute sécurité des combattants FDLR et d’autres réfugiés rwandais dans leur pays, la réconciliation du peuple rwandais avec lui-même étant le seul gage d’une cohabitation pacifique et pérenne entre les deux communautés Hutu et Tutsi qui s’entre-tuent depuis des lustres ;
- à défaut, l’élaboration d’un plan de désarmement et d’éloignement des combattants FDLR dans un pays non limitrophe du Rwanda, conformément aux dispositifs de la Convention de Genève ;
- les tractations sur la gestion commune des ressources frontalières.


Fait à Paris, le 28 novembre 2012

Signataires :


- Rassemblement pour le Développement et la Paix au Congo (RDPC) ;

- Congrès des Démocrates pour le Progrès Social (CDPS-France) ;
- Alliance pour le Développement de la République (ADR-France) ;
- Collectif des Démocrates Congolais (CDC) ;
- Union du Congo (UDC) ;
 - Groupe de Réflexions des Congolais de France (GRCF).