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dimanche 6 octobre 2013

Un complot international contre la RD Congo ?

Selon le Conseil de sécurité des Nations Unies, la crise provoquée par l’irruption de la rébellion du M23 dans l’Est de la République Démocratique du Congo, n’a « pas de solution militaire », et ne sera surmontée que par voie « politique ». Ainsi est-on en droit de s’interroger sur les motivations ayant poussé le Conseil de sécurité des Nations Unies à approuver à l’unanimité, le 28 mars 2013, la création d’une nouvelle force de combat censée sécuriser la région du Kivu[1].
 On ne peut que se poser sérieusement des questions sur les déclarations du Secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, relatives à « une approche nouvelle et globale en vue de s’attaquer aux causes profondes de l’instabilité dans l’Est de la République Démocratique du Congo ».

Les différents points de vue

« Il y a indéniablement une dynamique de paix en République Démocratique du Congo, et dans la région, nous n’avons pas le droit de rater cette opportunité », a affirmé Alexis Lamek, le représentant permanent adjoint de la France aux Nations Unies, lors de la visite d’une délégation des quinze pays du Conseil dans la région des Grands Lacs. Pourtant, un désaccord persiste entre les différentes parties par rapport à la publication par les autorités congolaises d’une liste contenant plus d’une soixantaine de noms de dirigeants du M23 qui ne pourraient être ni amnistiés ni intégrés dans l’armée nationale dans le cadre d’un accord de paix.
En référence aux pourparlers de Kampala, Alexis Lamek a mis l’accent sur « une dynamique de paix en République Démocratique du Congo et dans la région » des Grands Lacs, tout en insistant sur l’obligation de ne pas « rater cette opportunité ». Des propos contradictoires à ceux ayant été tenus par François Muamba Tshisimbi, le coordonnateur du mécanisme de suivi de l’accord-cadre d’Addis-Abeba, qui a estimé que « les quatorze jours impartis pour les discussions [de Kampala] ont été consacrés à du théâtre, à du cosmétique» d’autant plus qu’elles « ne sont pas prêtes à aboutir à un accord ». Ainsi François Muamba a-t-il affirmé que Cryspus Kiyonga, le ministre ougandais de la Défense, qui plus est le facilitateur désigné par le président Yoweri Kaguta Museveni, a tenté d’« imposer un document qui viole la souveraineté et l’intégrité territoriale de la République Démocratique du Congo».

Un stratagème mortifère

D’aucuns ne peuvent qu’être surpris par l’ambiguïté du Conseil de sécurité des Nations Unies sur la dramatique situation en cours dans la région du Kivu. Rappelons que les États-Unis ont annoncé, le 3 octobre 2013, qu’ils avaient pris des sanctions contre le Rwanda pour des cas de recrutement d’enfants soldats liés à la rébellion du M23 soutenue par Kigali en République Démocratique du Congo. La plus haute responsable du département d’État pour l’Afrique, Mme Linda Thomas-Greenfield, n’ayant ni précisé de quand datait la loi sanctionnant le Rwanda, ni quelles étaient les sanctions prises contre Kigali, les lobbyistes du président Paul Kagamé s’activent pour qu’une solution politique soit trouvée dans la région des Grands Lacs. Cela permettra de lever les sanctions contre les pays des milles collines et permettre, en douceur, l’infiltration des institutions congolaises par les poulains rwandais qui constituent l’effectif du M23.
Curieusement, les chefs d’État des pays des Grands Lacs ont exigé la reprise des pourparlers de Kampala, suspendus pendant plusieurs mois[2], au moment où Kinshasa a mis en place les concertations nationales en vue de conforter la cohésion sociale et nationale, et de mieux faire face aux différentes tentatives de déstabilisation de la région du Kivu. Curieusement, on essaie de privilégier la voie politique alors que la brigande onusienne d’intervention est déjà déployée sur le sol congolais[3].

Le pot aux roses

Les spécialistes de la région des Grands Lacs africains savent que les pourparlers de Kampala préfigurent, à n’en pas douter, le devenir de la République Démocratique du Congo. Aussi l’attitude di Conseil de sécurité des Nations Unies conforte-t-elle de plus en plus l’hypothèse d’un complot international contre ce pays qualifié de scandale géologique. La situation sur le terrain lui étant enfin favorable – grâce, entre autres, au déploiement de la brigade d’intervention en appui à la Monusco[4] –, Kinshasa aurait dû cesser toute participation aux pourparlers de Kampala. Ce qui est en train de se dérouler dans la capitale ougandaise, entre les représentants du gouvernement congolais et ceux du mouvement dénommé M23, ne fait que révéler le pot aux roses. En dépit de cette démarche sournoise à finalité balkanisatrice, la République Démocratique du Congo a maintenant la possibilité d’accompagner les menteurs jusqu’à la porte. Encore faut-il que Kinshasa puisse habilement manœuvrer. N’est pas Talleyrand qui le veut !

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

[1] Lire Une brigade d’intervention pour la RD Congo.
[2] Ils ont donné quatorze jours aux deux parties pour conclure les négociations qui ont débuté le 9 décembre 2012.
[3] La brigade d'intervention de la Monusco est dotée d’un mandat d’imposition de la paix. Elle est donc chargée de démanteler les éléments négatifs dans l’est de la République Démocratique du Congo, notamment le M23, mais également tout autre groupe rebelle participant à la déstabilisation de la région du Kivu.
[4] Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation de la République Démocratique du Congo.

samedi 15 décembre 2012

APRES LA DEROUTE DE L'ARMEE CONGOLAISE A GOMA

Ferdinand Lufete(*) : "La RDC n'a pas une armée fiable"

1. Comment expliquez-vous la facilité avec laquelle Goma est tombée entre les mains des rebelles du M23 ?

La question que l’on peut se poser aujourd’hui est simple : existe-il une armée nationale en RDC ? Nos vaillants soldats n’ont pas fait leur travail entend-t-on dire ici ou là. Est-ce de leur faute ou celle de leurs commandants ? Je ne peux répondre à cette question. Ce que je sais, l’armée congolaise a subi un sérieux revers en échouant à repousser les rebelles du M23 qui ont pris sans résistance la ville de Goma. Notre armée a été humiliée. Après avoir posé leurs conditions et obtenu des avancées, les rebelles du M23 ont enfin décidé de se retirer de Goma. Pas selon le calendrier des présidents qui ont pris l’habitude de se réunir à Kampala pour résoudre la crise dans la région des Grands Lacs, ou selon les pressions internationales ( Union africaine, ONU, etc.), mais selon leur propre calendrier. Ils se sont retirés de la ville quand ils l’ont décidé en laissant la place aux FARDC qui n’ont rien d’autre à faire qu’un retour timide, sans éclat et sans bravoure. La honte dans l’âme. Fort de leurs succès sur le terrain, les rebelles du M23 ont de quoi avoir le verbe haut et estimer qu’ils auront toujours leur mot à dire dans l’administration de cette ville de Goma qu’ils ont laissé par pitié. Même sans pressions internationales, le fait d’obtenir les autorités congolaises à la table de négociation est une autre victoire en plus des victoires militaires.

2. Alors, que fait la Monusco ?

Difficile d’expliquer l’impuissance de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en RDC. Avec 17.000 soldats, 1400 policiers et 720 observateurs militaires, la Monusco n’a rien pu faire contre l’avancée des rebelles du M23. Comment se fait-il que la plus grande opération des Nations Unies dans le monde n’arrive pas à arrêter une rébellion ? Comment ne pas évoquer un complot international ? Si tel n’est pas le cas, il faut penser autrement. Nous sommes un bon nombre d’acteurs politiques congolais en France à demander le changement  de la mission de la Monusco et sa transformation en une véritable force d’intervention aux côtés des FARDC, à partir de la frontière rwandaise , et, au cas où l’ONU refuserait de requalifier sa mission , son remplacement par d’autres forces neutres, notamment l’Africom. Notre plate-forme politique, l’Adr, par la voix de son président, François Muamba, a déjà proposé le déploiement de cette force américaine le long de la frontière entre la RDC et le Rwanda pour combattre les rebelles du M23, les Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) et autres groupes armés opérant dans cette région. Pour nous, l’appel aux troupes de l’Africom est la réponse exacte et adaptée à la situation d’insécurité qui prévaut dans les deux Kivu.  

3. Faute d’une armée nationale, républicaine et forte, les Congolais sont humiliés en permanence, diriez-vous ?

C’est un secret de polichinelle de dire que la RDC n’a pas une armée fiable. Il faut absolument la doter d’une armée républicaine, dissuasive, capable d’assurer la sécurité des Congolais et l’intégrité de leur territoire face aux menaces et à toutes les velléités des groupes armés. L’adjectif républicain doit être bien compris par les Congolais ou ceux qui se considèrent comme tel. Un soldat intervient pour la défense collective du territoire national. Il est donc censé être affecté dans une autre région que la sienne. Une réalité que ne semble pas admettre les rebelles du M23. Ils veulent réaliser toutes leurs missions dans le Nord et Sud Kivu. Cela trahit un comportement suspicieux et très sceptique.
  
4. Comment expliquez-vous la faiblesse de l’armée congolaise aujourd’hui ?

Depuis 1996, les conflits récurrents en RDC n’ont pas servi la cause de notre armée nationale. Les Forces armées zaïroises (FAZ) qui, à l’époque, étaient l’une des meilleures en Afrique centrale, ont été démantelées. La guerre de libération de 1996 menée par Laurent- Désiré Kabila et celle du 2 août 1998 ont désintégré complètement notre force militaire. Depuis l’arrivée au pouvoir de Joseph Kabila en 2001, différentes options ont été prises pour la mise en place d’une armée nationale digne de ce nom. Les résultats se font encore attendre.  

5. Le président de l’Adr, François Muamba, est à la table de négociation à Kampala. Y a-t-il sa place, selon vous ?

Bien sûr. Dans une interview, d’ailleurs, le président François Muamba  a  expliqué la raison de sa présence à la rencontre de Kampala. Il y est en sa qualité de président d’un regroupement politique représenté à l’Assemblée nationale et membre du groupe  consultatif permanent mis en place par le Président Joseph Kabila pour favoriser la cohésion et l’unité nationale. Personnellement,  je ne trouve rien d’anormal qu’un acteur politique de sa trempe accompagne les membres du gouvernement dans leurs efforts de rétablir la paix au Nord-Kivu. La guerre dans l’Est, c’est l’affaire de tous les Congolais. En outre, l’Adr est dans une opposition constructive. Ce n’est pas dans cette circonstance particulièrement douloureuse pour la RDC que nous allons nous radicaliser. Notre pays est en danger, il faut le défendre et le sauver.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France (Le Potentiel)

(*) Coordinateur en France de la plate-forme politique Alliance pour le développement et la République (Adr)

mercredi 29 août 2012

A propos de la guerre dans l'Est de la RD Congo


Ferdinand Lufete, coordinateur en France de l'Adr

1. En tant qu’ acteur politique de la diaspora, coordinateur en France de la plate-forme politique Alliance pour le Développement et la République (ADR) , comment réagissez-vous à l’agression dont est victime la RD Congo dans sa partie orientale ?

Comme la majorité des Congolais, cette agression dont notre pays est victime de la part du Rwanda me révolte et m’insupporte . Il s’agit d’une guerre totalement absurde, voulue et entretenue par des prédateurs de nos ressources naturelles, tant convoitées qu’exploitées par ce biais. Et cela dure depuis bientôt cinq mois ! Non seulement cette situation perdure, mais elle occasionne des déplacements massifs des populations, des tueries et autres viols devenus fréquents dans la partie Est de notre pays. L’objectif de notre plate-forme politique, conduite par son président national, François Muamba, est de mobiliser au maximum l’opinion tant nationale qu’internationale sur cette situation. A la Communauté internationale , qui n’ignore pas les vraies raisons de cette guerre, je dis ceci : le peuple Congolais tient à sa souveraineté et à l’intégrité de son territoire hérité de la colonisation. Et nul ne peut lui contester ces acquis. Pour cela, il se dit prêt à se battre jusqu’à son dernier souffle. En outre, j’appelle les acteurs politiques Congolais, toute tendance confondue, à la cohésion et à la solidarité nationale. Mettons nos divergences de côté, mettons nos forces ensemble et combattons l’ennemi. La patrie est en danger ! Unissons-nous. Soyons responsables et refusons l’ignominie [lire la suite].

© Le Potentiel