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samedi 12 octobre 2013

Vers une autonomie administrative d'une portion u Nord-Kivu en RD Congo ?

La République Démocratique du Congo a qualifié le vendredi 11 octobre 2013 à New York, lors de la 5ème séance de la 4ème Commission de l’Assemblée générale des Nations Unies, « d’opportunité historique » le plan marocain d’autonomie au Sahara occidental. Elle a donc salué la « dynamique créée » par cette initiative susceptible de « mener à l’aboutissement d’une solution politique, juste et acceptable par tous ». À cette occasion, Jackson Bumba Vangu a affirmé que l’initiative marocaine[1] pourrait « mettre fin à la situation humanitaire extrêmement pénible des populations vivant dans les camps de Tindouf ». Sans vouloir s’immiscer dans les affaires internes dun pays, ni dailleurs mettre en cause le processus marocain, on ne peut que s’interroger sur les véritables motifs ayant poussé la République Démocratique du Congo à soutenir une telle initiative alors qu’elle est confrontée au même problème dans la région du Kivu.


Le fief du M23

Une portion du Nord-Kivu – notamment la partie frontalière du Rwanda englobant les villes de Rutshuru, Kiwanja, Rumangabo et Bunagana – est actuellement sous le contrôle des éléments du M23 soutenus par le régime rwandais. La déstabilisation de ce territoire a pour finalité de faire fuir les autochtones et les remplacer ensuite par des populations non congolaises. D’ailleurs, le gouverneur du Nord-Kivu, Julien Paluku, n’a-t-il pas récemment annoncé l’arrivée de 200 familles qu’on dit être des Congolais et qui ont illégalement traversé la frontière rwandaise pour se retrouver à Bunagana, dans la zone rebelle ? Doit-on faire un dessin pour expliquer à l’opinion qu’il s’agit purement et simplement de l’infiltration de quelques éléments de l’armée rwandaise dans le but de renforcer le M23 ? Du dépeuplement pour un repeuplement ultérieur ?
De toute évidence, ce n’est pas pour amuser la galerie que les Nations Unis se sont inquiétées mercredi 9 octobre 2013 d’informations faisant état d’un renforcement militaire de la rébellion du Mouvement du 23 mars (M23). En effet, selon le chef militaire de la Monusco, le général Carlos Alberto Dos Santos Cruz, la mission onusienne dispose de « beaucoup d’informations relatives au renforcement du M23 », même si, pour des raisons que personne n’ignore, elle fait semblant d’ignorer « l’origine de ce renforcement ».

Une probable autonomie ?

En tout cas, le représentant de la République Démocratique du Congo aux Nations Unies, Jackson Bumba Vangu, a affirmé que l’initiative du Royaume du Maroc « constitue une base de négociation pour aboutir à une solution politique et juste, d’autant plus qu’aux termes de la résolution 2099 le Conseil de sécurité s’est félicité des efforts réalisés par le Maroc »[2]. S’agit-il de créer un précédent pouvant permettre de répondre favorablement, le moment venu, aux revendications des populations rwandophones de la région du Kivu ? Cette déclaration préfigure-t-elle, en réalité, une annoncée anticipée de l’autonomie du territoire du Masisi ? Rappelons que, aux pourparlers de Kampala, le M23 revendique l’administration par ces éléments des territoires qu’il occupe. Comment peut-on ne pas appliquer chez soi ce qu’on approuve ailleurs ? Faut-il conclure que Kinshasa s’apprête à céder une portion de son territoire national ? Paul Kagamé est-il en passe de gagner son pari, à savoir la partition de la République Démocratique du Congo en vue de l’annexion d’une partie du Kivu au Rwanda ? That’s the questions !

Gaspard-Hubert Lonsi Koko

© Jolpress

[1] L’initiative marocaine d’autonomie pour la région du Sahara occidental a été créée le 11 avril 2007.
[2] Adoptée le 25 avril 2013, la résolution 2099 du Conseil de sécurité des Nations Unies avait prorogé d’un an le mandat de la Minurso sans élargissement de ses prérogatives au contrôle des droits de l’Homme.

jeudi 18 novembre 2010

Pas de stabilité au Kivu malgré le rapprochement avec le Rwanda Rapport Afrique ICG N°165 16 nov. 2010

Le plan de résolution du conflit au Kivu consistant à privilégier la solution militaire s’avère être un échec. Deux années après le début du rapprochement entre le président Congolais Joseph Kabila et son homologue rwandais Paul Kagame, les soldats gouvernementaux sont encore aux prises avec des miliciens pour le contrôle des terres et des zones minières. Bien qu’aucune des deux parties n’ait réellement les capacités de prendre un ascendant définitif, elles ont toutes deux les ressources suffisantes pour prolonger la lutte. Dans le même temps, les civils subissent des violences extrêmes et la situation humanitaire se détériore. Les tensions ethniques se sont aggravées à l’annonce des plans de rapatriement de dizaines de milliers de réfugiés congolais qui ont fui au Rwanda durant les années 1990. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a observé la situation se dégrader à l’est du Congo sans s’opposer aux décisions de Kagame et Kabila.
Une stratégie basée sur des engagements présidentiels tenus secrets ne permettra pas de ramener la paix au Kivu : l’approche actuelle doit être réévaluée et élargie afin d’impliquer toutes les communautés locales et préparer l’avenir de la région en instaurant un dialogue transparent, notamment avec les pays voisins.
Au cours de l’été 2008, le Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP), un groupe rebelle congolais, alors dirigé par le général Tutsi Laurent Nkunda et soutenu officieusement par le Rwanda, se retire d’un processus de négociations entamées avec le gouvernement de la République Démocratique du Congo (RDC). Cette nouvelle crise qui éclate dans la province du Nord Kivu déstabilise les autorités congolaises et la mission de maintien de la paix des Nations-unies (alors nommée MONUC). La communauté internationale, préoccupée par les conséquences d’une conquête de Goma, la capitale du Nord Kivu, par le CNDP, multiplie les initiatives pour éviter une escalade de la violence qui pourrait mener à une confrontation entre le Rwanda et la RDC.
En novembre 2008, pour mettre fin à la crise sécuritaire et politique, le Président Kabila tend la main à son adversaire traditionnel, le président rwandais Paul Kagame. Sans recourir aux mécanismes de médiation formels privilégiés par la communauté internationale, les deux chefs d’Etat négocient rapidement un accord dont le contenu demeure secret. L’initiative congolaise surprend la plupart des partenaires internationaux de la région des Grands Lacs. Ces derniers sont cependant soulagés quand les discussions portant sur une intervention multinationale pour stabiliser le Kivu prennent brusquement fin.
Dans le cadre de leur plan de résolution du conflit au Kivu, Kabila et Kagame travaillent dorénavant à la mise en œuvre des engagements bilatéraux. Cela implique deux con­ces­sions majeures pour Kabila. Tout d’abord, il s’est engagé à répondre aux exigences politiques du groupe rebelle (CNDP) qui lui a causé le plus de difficultés auprès de sa base électorale par le passé. Deuxièmement, il a accepté de lancer des opérations militaires qui servent davantage les intérêts de ceux qui les conduisent qu’elles n’appor­tent de  réelle protection à la population. La réussite de ce plan, notamment ses composantes politiques et économiques, dépend de la réaction de la population du Kivu vis-à-vis de la redistribution du pouvoir à l’échelon local et de la capacité de l’armée nationale congolaise (FARDC) à atteindre les objectifs militaires fixés par Kinshasa.
Les conditions du rapprochement entre la RDC et le Rwanda ont modifié les rapports de pouvoirs dans les provinces du Nord et du Sud Kivu. Le général Nkunda est arrêté en janvier 2009 et remplacé par Bosco Ntaganda, un présumé criminel de guerre, contre lequel la Cour Pénale Internationale a émis un mandat d’arrêt en 2006. Le CNDP, à l’origine fondé pour défendre les intérêts de la communauté Tutsi, est intégré dans l’armée nationale et en devient une composante importante. Son cahier des charges politiques est au centre d’un accord passé entre le gouvernement congolais et les groupes armés du Kivu. La nouvelle influence acquise par le CNDP inquiète les dirigeants des autres communautés qui craignent que cela les desserve lors des élections générales prévues pour 2011-2012.
Les limites de l’approche politico-militaire actuelle sont atteintes. Malgré trois opérations successives menées par l’armée congolaise, la situation humanitaire se détériore au Kivu et les actes d’extrême violence se multiplient. Les femmes, ainsi que les jeunes filles, subissent les conséquences de l’impunité générale et de l’environne­ment hautement militarisé dans lequel la pratique du viol est endémique. La population est à la fois victime des campagnes de représailles menées par les rebelles et des violations impunies des droits humains commises par les soldats congolais.
Le groupe rebelle Hutu rwandais, les Forces Démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR), résistent aux campagnes de désarmement forcé, en concluant des alliances avec les milices congolaises qui refusent d’être intégrées dans l’armée nationale. Les FDLR ont été chassées de nombreux sites miniers dont ils avaient le contrôle, cependant ces derniers n’ont toujours pas été placés sous le contrôle d’une autorité légitime. Les dissidents rwandais, ougandais et burundais recherchent activement des soutiens au Kivu et tentent de créer des coalitions armées transfrontalières. En retour, les signes d’interférences régionales dans les affaires du Kivu se multiplient.
L’intégration rapide d’anciens rebelles, dont certains présumés criminels de guerre, au sein de l’armée nationale et leur participation à des opérations militaires mal planifiées, n’ont pas contribué à résoudre les conflits dans l’est du Congo. Les efforts déployés par les Nations Unies à travers la mise en œuvre d’une nouvelle politique de conditionnalité liée au soutien des casques bleus n’ont pas influé sur le comportement des troupes congolaises. La crédibilité de la MONUC – rebaptisée MONUSCO en juillet 2010 – a été sérieusement entamée par son incapacité à protéger efficacement les civils.
Pendant ce temps, les luttes pour le pouvoir au niveau local ont compromis encore davantage le rétablissement d’un Etat de droit dans les Kivus. Les conflits fonciers et les tensions intercommunautaires se sont multipliés, exacerbés par des cycles répétés de déplacements de population. Des contradictions subsistent toujours entre le droit coutumier et le droit moderne et, ce faisant, les chefs traditionnels s’opposent à des autorités administratives cherchant à mettre en œuvre le programme du CNDP. Les institutions politiques provinciales se déchirent sur fond d’accusations de corruption, entraînant une crise de la gouvernance locale. En dépit de l’intensification des échanges commerciaux dans les grandes villes frontalières et de la relance des institutions économiques régionales, un développement économique de long terme reste incertain.
Combinés, ces facteurs augmentent le risque de désintégration de l’armée nationale, d’affrontements intercommunautaires et de déstabilisation  régionale par l’interfé­rence d’acteurs étrangers. Si l’approche actuelle n’est pas révisée et élargie pour y inclure toutes les communautés de manière transparente et si un nouvel élan international n’est pas insufflé, la population continuera à porter le poids de l’échec des tentatives visant à établir la souveraineté de l’Etat aux Kivus.
RECOMMANDATIONS
Au gouvernement congolais, à la MONUSCO et aux partenaires internationaux de la RDC :
1.  Suspendre les opérations militaires offensives au Kivu en attendant le déploiement de bataillons formés par les Etats-Unis, la Chine, la Belgique, l’Afrique du Sud et l’Angola, et :
a) déployer ces bataillons congolais, dans un premier temps, dans les territoires de Masisi et Rutshuru au Nord Kivu afin d’assurer la sécurité de la population, tandis que l’accord du 23 mars 2009 entre le gouvernement congolais et les groupes armés congolais est pleinement mis en œuvre ; et exercer des pressions militaires sur les FDLR au Nord et au Sud Kivu grâce au suivi et au soutien de ces bataillons par les partenaires internationaux ;
b) focaliser immédiatement les moyens militaires de la MONUSCO sur la protection des populations, y compris par le maintien de capacités aéroportés de soutien et de déploiement rapide ainsi que d’équipes conjointes de protection ; aider l’armée nationale à contrôler les territoires abandonnés par les FDLR ; et regagner la confiance de la population congolaise en s’assurant que les règles d’engagement soient activement mises en œuvre et en poursuivant les efforts pour arrêter Bosco Ntaganda ; et
c) lancer une opération d’intégration repensée, combinée avec un nouveau programme de désarmement, de démobilisation et de réintégration (DDR) sous contrôle international afin de traiter le cas de tous les soldats ayant rejoint l’armée nationale à un certain point depuis janvier 2008, dont les ex-CNDP et les rebelles congolais dorénavant associés aux FDLR ; et commencer à réduire les troupes présentes au Kivu de 60 000 à 21 000 soldats con­for­mément au plan gouvernemental de réforme de l’armée de janvier 2010.
Au Gouvernement congolais et au CNDP :
2.  Mettre en œuvre l’accord du 23 mars, notamment en:
a) renouvelant le mandat du Comité National de Sécurité (CNS) qui a expiré en mai 2010, de sorte que les partenaires internationaux puissent soutenir et suivre les activités du CNS en rendant compte régulièrement de la mise en œuvre des engagements pris par chaque partie ; et reprendre les discussions sur la reconnaissance des grades des officiers des autres groupes armés qui ont intégré les FARDC ;
b) nommant des personnalités CNDP dans les institutions provinciales du Nord Kivu en échange du démantèlement effectif des structures administratives et fiscales parallèles du CNDP, sous la surveillance de la MONUSCO qui rendra compte au CNS; et en arrêtant Bosco.
c) confiant aux bataillons de l’armée nationale formés par les partenaires étrangers et la MONUSCO, la responsabilité d’assurer la sécurité dans les territoires de Masisi et Rutshuru ;
d) engageant les troupes qui ont participé à l’opéra­tion “Amani Leo” à adhérer au nouveau program­me DDR, de telle sorte que tous les combattants ex-CNDP soient complètement intégrés dans l’armée nationale ou la police, ou réinsérés dans la vie civile ; et

e) prenant l’engagement de ne pas s’impliquer dans les activités politiques et militaires de dissidents étranger, dont celles du général rwandais Faustin Kayumba Nyamwasa.
Aux Gouvernements Congolais, Rwandais et Ougandais et au Haut Commissariat pour les réfugiés des Nations Unies (UNHCR):
3.  Superviser et assurer un environnement stable pour le retour des réfugiés au Kivu, notamment en :
a) procédant, en partenariat avec le UNHCR, à un recensement des réfugiés sans-papiers qui sont retournés au Kivu depuis l’été 2009 ; en entamant un processus de vérification de leur nationalité et en distribuant, sur cette base, des cartes d’élec­teurs avant les élections ; et en relançant le mécanisme de vérification conjoint RDC-Rwanda-Ouganda afin de contenir l’immigration clandestine dans les Kivus ; et
b) commençant le rapatriement des réfugiés du Rwanda et de l’Ouganda selon les conditions du UNHCR, y compris concernant les retours volontaires et la sécurité des zones de retour; les comités locaux permanents de conciliation devraient décider, sur la base de critères clairs, si les conditions de sécurité sont réunies pour autoriser ces retours ; les zones considérées par la MONUSCO comme étant sous contrôle d’une administration parallèle ne devraient pas faire partie des zones de retours potentielles.
Au Gouvernement Congolais :
4.  Renforcer les capacités des institutions afin de favoriser la réconciliation intercommunautaire et la gestion des différends, notamment en :
a) développant des compétences pour gérer les conflits fonciers, incluant la création d’une commission en charge d’examiner les titres fonciers; en renforçant Starec - l’organisation gouvernementale congolaise en charge des programmes de stabilisation - pour qu’il devienne un mécanisme permanent de résolution des conflits ; en mettant en œuvre les résolutions sur la paix et la sécurité de la conférence de Goma de 2008 ; en consacrant des ressources adéquates et en enrôlant du personnel supplémentaire par le biais d’un processus de recrutement transparent ;
b) renforçant les pouvoirs des institutions provinciales en leur conférant les ressources et l’autorité nécessaires pour répondre aux besoins locaux ; et en créant un cadre légal et administratif qui permette de traiter les questions de la représentation politique des minorités ethniques ainsi que les incohérences entre les droits coutumier et moderne, et en
c) organisant la tenue d’une table ronde avec les communautés locales, les autorités provinciales et les dirigeants nationaux afin de définir des règles claires concernant l’attribution des postes au sein de l’administration provinciale ; en établissant un processus consensuel pour éloigner les communautés locales des groupes armés ; et en adoptant un code de conduite portant sur l’exercice des activités politiques au Kivu.
Aux présidents Congolais, Rwandais, Ougandais et Burundais:
5.  Organiser un sommet extraordinaire de la Communauté Economique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) pour :
a) Entamer, sous la présidence de la Banque Africaine de Développement (BAD), des discussions politiques au niveau des chefs d’Etats sur les questions économiques, foncières et de mouvements de population, et ce dans l’objectif de créer une vision commune mutuellement bénéfique pour l’avenir de la région des Grands Lacs ;
b) Travailler de concert pour analyser ensemble l’histoire traumatique de la région, de manière à favoriser la réconciliation entre les Congolais et les Rwandais ; et
c) Prendre l’engagement de ne pas interférer dans les efforts légitimes de consolidation de l’Etat à l’est du Congo.

vendredi 21 mai 2010

Nord Kivu : les conflits fonciers menacent la stabilité de la région

A Masisi, à l'Est de la RD Congo, de plus en plus de villageois sont expropriés par de riches propriétaires terriens et poussés à l'exode vers Goma. La situation risque de s'aggraver, avec le retour annoncé de milliers de Congolais réfugiés au Rwanda. Certains s'inquiètent pour la stabilité dans la région.

Fuir ou défendre ses droits est devenu le quotidien des villageois de Masisi, dans le Nord Kivu, à l'Est de la RD Congo, face aux riches propriétaires terriens qui, munis de certificats d'enregistrement, ont parfois recours à la violence pour récupérer des terres. Depuis le retour des déplacés de guerre en septembre 2009, les conflits fonciers se multiplient dans la région. Pour la seule localité de Kitshanga, à 100 km au nord-ouest de Goma, le bureau des Nations unies pour l'Habitat (UN Habitat) en a enregistré 350. En cas de résistance, les militaires en position dans le secteur sont appelés à la rescousse pour faire déguerpir les habitants. "Ils m’ont d’abord battu, les yeux bandés, ensuite ils m’ont ligoté, avant de me jeter dans un cachot souterrain à Mushaki [Ndlr : à 40 km à l’ouest de Goma]", témoigne Sengihuva Mugabo, un habitant de Masisi-centre. "Ils espéraient m'intimider et me forcer à abandonner mon champ", ajoute-t-il.
Les militaires jugent leur implication dans des affaires civiles nécessaire et répondre au besoin du maintien de l'ordre. "L’autorité de l’Etat n’est pas encore rétablie à Masisi", déclare un major qui précise qu'en l'absence de policiers en nombre suffisant, les militaires sont chargés de faire respecter la loi [lire la suite].

© Syfia

mardi 1 décembre 2009

COMMUNIQUE DE PRESSE n° 20091201/057 relatif aux mouvements massifs des populations en provenance du Rwanda

Selon Radio Okapi, des mouvements massifs des populations en provenance du Rwanda s’observent de plus en plus dans les territoires de Masisi et Rutchuru depuis près de 4 mois maintenant. Ces personnes traversent clandestinement la frontière à partir de Kibumba, à une vingtaine de kilomètres au nord de Goma, sur l’axe Rutshuru. Leur nombre est estimé à ce jour à plus de 12 mille familles - sachant que ce nombre devrait être multiplié par 10, compte tenu de l’aspect élargi des familles africaines.

D’aucuns constatent la confusion dans la mesure où les personnes qui rentrent, en majorité tutsie, n’ont pas été inscrites, pour la plupart, dans les camps de réfugiés au Rwanda. En effet, comment peut-on identifier efficacement ces personnes à l’intérieur du Congo dès lors qu’elles ne détiennent aucun document fiable pouvant justifier leur appartenance à la Nation congolaise ? En tout cas, Union du Congo s’interroge sérieusement sur les raisons pour lesquelles aucune identification n’a été faite à la frontière.

En conséquence, Union du Congo demande des explications au gouvernement congolais sur les conditions et les préparatifs d’accueil des candidats au retour. Ainsi estime-t-elle que le peuple congolais doit être éclairé sur le fait que l’identification n’a pas été faite avant que les réfugiés ne franchissent la frontière nationale.

Le Bureau d’Union du Congo

Fait à Paris, le 1er décembre 2009

mardi 24 novembre 2009

Paris : Manifestation du 21 novembre 2009 contre les violences sexuelles faites aux femmes en RD Congo


Intervention du CRID (*)

Je remercie les organisateurs de nous accorder la parole. J’interviens ici au nom du CRID : Convention pour le République, les Institutions et le Développement. Un parti légalement enregistré en RDC et ayant participé aux deux scrutins législatifs récemment organisés : élections législatives nationales et provinciales.
Aussi discret qu’il soit, notre mouvement est connu par la plupart des participants de cette manifestation car depuis 13 ans il n’a cessé de dénoncer les crimes qui font que nous nous réunissons aujourd’hui. Il suffit de vous rappeler le nombre d’interventions faites par son président sur RFI, Africa N°1, Radio Notre Dame, Agence PANA, l’Autre Afrique et tant d’autres.
Durant ces treize années nous avons en effet dénoncé :
Le massacre de Makobola qui souvenez-vous un jour de la Saint Sylvestre alors que tout le monde célébrait le nouvel an les habitants de tout un village Makobola avaient été massacrés.
Souvenez-vous aussi que dans la foulée de la marche de l’AFDL vers Kinshasa, des femmes avaient été enterrées vivantes dans un autre village du Sud-Kivu : KASIKA.
Des images ont circulé sur les massacres de MASISI. Encore une fois c’est grâce au CRID que ces images macabres ont pu être vues malheureusement sans presque de réaction ni compassion.
Rappelez-vous également nous avons dû déplorer des massacres et traitements inhumains et dégradants, la coupure d’électricité à Kinshasa entraînant, la mort de malades et des bébés dans les hôpitaux.
L’assassinat de Mgr MUNZIHIRWA et l’exil forcé de Mgr KATALIKO font également partie de cette stratégie de déstructuration et déstabilisation de notre pays. Ces prélats ont été assassinés pour avoir prêché la paix à l’Est en dénonçant les violences et l’agression.

Cette liste macabre n’est malheureusement pas exhaustive et des violences les plus ignobles y compris la sodomisation des pères devant leurs familles, continuent encore aujourd’hui à être perpétrées sans distinction d’âge (de 7 à 77 ans) principalement dans l’Est de la RDC. L’Hôpital de Panzi à Bukavu n’a jamais été aussi surchargé.
Chers amis, participant à cette manifestation. S’il y a une seule conclusion valable à tirer de ces observations nous retiendrons objectivement la conclusion suivante : « LES MÊMES CAUSES PRODUISENT LES MÊMES EFFETS ».

Les violences perpétrées hier par les partisans de l’AFDL ou du RCD, aujourd’hui par les FDLR ou par des éléments incontrôlés des FARDC ont une justification :
Depuis 1997 nous commettons des erreurs sur les personnes
Depuis 1997 nous commettons l’erreur sur les objectifs des uns et des autres
Depuis 1997 nous nous sommes trompés d’ennemi.
Il nous appartient de faire un effort d’autocritique pour déceler ce qui ne va pas chez nous et accepter notre part de responsabilité car « CHAQUE PEUPLE A DES CHEFS QU’IL MÉRITE ».
Si nos mamans, nos grands-mères et nos sœurs ont continué à être violées pendant quinze ans, ne les avons nous pas quelque part condamné nous mêmes ?
Chers amis, chers compatriotes, nous savons tous que les responsables de ces crimes se promènent en toute liberté et certains sont parmi la classe qui gouverne notre pays depuis 17 ans ?
L’une de nos responsabilités c’est de n’avoir pas su évaluer le risque de nos choix politiques. Notre responsabilité ultime c’était d’avoir laissé à d’autres, la gestion de nos problèmes.
CECI DIT, UN HOMME AVERTI EN VAUT DEUX et ce n’est pas par hasard que nous sommes cette fois-ci plus nombreux à dénoncer ces violences faites aux femmes.
Nous aurions bien souhaité que l’on soit nombreux à célébrer la fin des atrocités. Malheureusement encore une fois c’est pour déplorer la recrudescence, la généralisation et leur caractère systématique. Je dis bien caractère systématique.
Chers amis, chers compatriotes. Nous ne soulagerons la souffrance de ces victimes que lorsque nous regarderons les bourreaux les yeux dans les yeux et leur dirons qu’ils sont responsables et qu‘ils doivent payer.
Chers compatriotes, chers amis manifestants, lorsqu’un gouvernement ne peut ou ne sait défendre ses citoyens, lorsqu’il est incapable de se constituer une armée digne de ce nom pour défendre l’intégrité du territoire national, il est considéré à minima incapable et incompétent avec toutes les conséquences qui s’en suivent. On doit aussi s’interroger si cette incompétence flagrante ne peut s’apparenter à une certaine complicité.

Les violences que connaît notre pays depuis toutes ces années ne sont qu'un symptôme du mal profond et de la disparation de l'état. L’état actuel est incapable de sécuriser son peuple car ses animateurs sont occupés par des intérêts privés et rongés par la corruption qui empêche l'avènement de vraies institutions et d'une armée républicaine.

Chers compatriotes, chers amis manifestants permettez-moi de conclure par cette comptabilité macabre que je livre à votre réflexion. Lorsqu’un soldat occidental est tué en Afghanistan, le monde s’en émeut. La RDC a perdu 7 million de civils et plusieurs centaines de femmes sont violées par jour à l’Est du pays avec ses violences ?
7 million de morts c’est la totalité de la population rwandaise
7 million de mort c’est deux fois la population du Gabon
7 millions de morts, c’est le double de la population du Togo
7 million de morts c’est la totalité de la population burundaise
7 million des morts c’est l’équivalent du Congo Brazzaville qui est rayée de la démographie africaine
Pourtant disent les dirigeants du monde, 7 million de morts c’est n’est que 9 % de la population Congolaise, il n’y a donc pas de quoi s’alarmer.
Quant aux femmes violées, leur sort a tout au plus abouti à la création d’une nouvelle activité touristique : « la visite des femmes violées » .
Pourtant des solutions existent et les instruments pour les appliquer existent. Seule la volonté politique manque.
La Cour Pénale Internationale a été créée justement pour que de telles crimes ne restent impunies et ainsi éviter leur répétition
La MONUC, force des Nations Unies est fortement présente en RDC avec des effectifs avoisinant les 20 000 hommes. Que représentent les miliciens des FDLR face à une telle force ? Les FDLR sont-ils plus forts que les talibans ?
Les institutions actuelles de la RDC sont tout de même issues des urnes. Manquent-elles de la légitimité pour prendre des mesures énergiques en vue de sécuriser le territoire national ?
Pour terminer je voudrais vous partager ma forte conviction : plus que jamais le CRID est convaincu que le peuple s’est réveillé. Et plus que jamais notre peuple a changé. 2011 sera l’année de la vérité car :
"On peut tromper une partie du peuple tout le temps,
on peut tromper tout un peuple une partie du temps,
mais on ne peut pas tromper tout le peuple tout le temps".

AU NOM DU CRID, de ses dirigeants, de tous ses militants et des victimes je vous remercie.

(*) Convention pour la République, les Institutions et le Développement.