L’intervention des forces onusiennes en République Démocratique du Congo ne commence pas qu’en novembre 1999. L’impréparation
de l’indépendance de l’ancienne colonie belge faisait redouter aux pays
occidentaux le passage de ce territoire, minier et stratégique, dans la
sphère d’influence soviétique. Sans attendre la proclamation de la
souveraineté nationale, Dag Hammarskjöld envoya Ralph Bunche à
Léopoldville comme représentant spécial.
Après la mutinerie de l’armée nationale congolaise, le déploiement des
militaires belges dans le pays et la proclamation de l’indépendance du
Katanga le 11 juillet 1960, Dag Hammarskjöld organisa, le 12 juillet de
la même année, à la demande du président congolais Joseph Kasa Vubu et
du Premier ministre Patrice Lumumba, une réunion de crise avec le Groupe
des pays africains non-alignés
[1]. Le 14 juillet, il eut recours, pour la première fois, à
l’article 99 de la Charte des Nations Unies pour convoquer une réunion du Conseil de Sécurité sur la crise congolaise
[2].
Ainsi le Conseil adopta-t-il la résolution 143 demandant à la Belgique
de retirer ses troupes du Congo-Léopoldville et autorisant Dag
Hammarskjöld à prendre toutes les mesures nécessaires pour fournir au
gouvernement congolais l’assistance militaire dont il avait besoin
[3].
A cet effet, le premier contingent de l’Opération des Nations Unies au
Congo (ONUC) arriva à Léopoldville, actuellement Kinshasa, 48 heures
après le vote de cette résolution.
Les différentes tentatives de sécessions

La présence des forces onusiennes ne vint nullement à bout des
tensions qui menaçaient l’unité du Congo-Léopoldville. En effet, la
crise s’amplifia avec la proclamation de l’indépendance du Sud-Kasaï, le
9 août 1960, et l’arrivée, le 15 août, de la coopération militaire
soviétique à la demande du gouvernement congolais. L’ONUC céda à la
pression des Etats-Unis en soutenant le président Joseph Kasa Vubu dans
le but de contrer le soutien de l’URSS au Premier ministre déchu Patrice
Lumumba. Espérant éviter l’implosion de ce géant au cœur de l'Afrique
centrale, Dag Hammarskjöld mobilisa les pays non-alignés pour préserver
la neutralité de l’ONUC et éviter sa paralysie. À l'automne 1960, l’URSS
exigea la démission de Dag Hammarskjöld et la mise en place, pour
diriger le Secrétariat des Nations Unies, d’un système de Troïka avec un
membre représentant les États occidentaux, un les États non-alignés et
un les États communistes. L’assassinat de Patrice Lumumba en janvier
1961 occasionna davantage les critiques du groupe des non pays-alignés
contre l’action du Secrétaire général. Sous la pression de l’URSS, le
Conseil de sécurité adopta, le 21 février 1961, la résolution 161
exigeant du président du Katanga sécessionniste, Moïse Antonin Kapenda
Tshombe, de se séparer de ses mercenaires étrangers.
Les opérations Rumpunch et Morthor
Le 28 août 1961, l’ONUC déclencha au Katanga l’opération
« Rumpunch » qui permit de neutraliser un grand nombre de mercenaires à
la solde de Tshombe. Face à la violente réaction du gouvernement
sécessionniste, sans l’accord du Secrétaire général, l’ONUC lança le 13
septembre 1961 l’opération « Morthor » afin de venir à bout de l’armée
katangaise. Cette ultime initiative se fit au grand désespoir des États
occidentaux qui étaient majoritairement favorables au maintien d’une
forte autonomie du Katanga et reprochaient à Dag Hammarskjöld de ne pas
les avoir prévenus avant le lancement de ladite opération. Ce fut dans
ce contexte très tendu que le Secrétaire général entama un ultime voyage
au Congo, convaincu que de la réussite de sa mission dépendaient son
maintien à la tête de l’organisation onusienne, la survie des Nations
Unies et l’avenir de la paix dans le monde.
Dans la nuit du 17 au 18 septembre 1961, l’Albertina, le
DC-6 affrété pour le compte des Nations Unies par la compagnie suédoise
Trans Air au bord duquel voyageait Dag Hammarskjöld, s’écrasa dans une
forêt à une dizaine de kilomètres de Ndola en Rhodésie du Nord
(l’actuelle Zambie). En effet, en provenance de Léopoldville, le
Secrétaire général des Nations Unies se rendait le 13 septembre 1961, au
lendemain du déclenchement par l’ONUC de l’opération « Morthor », à
Ndola afin de rencontrer le président du Katanga indépendant, Moïse
Antonin Kapenda Tshombe, à propos de la libération d’une compagnie de
casques bleus retenue en otage à Jadotville (actuellement Likasi) et du
désarmement complet des forces katangaises, en application de la
résolution 161 du Conseil de sécurité.
L’accord de Lusaka
Avec
la première guerre dite de « libération », menée à partir de la
province du Kivu en septembre 1996 par ceux qui se sont qualifiés de
Banyamulenge, sous la direction d’une coalition de quelques pays
frontaliers,
on a assisté à la fin de l’Etat zaïrois, la base armée du régime
mobutiste s’étant rendue presque sans combattre. L’espoir suscité par
l’installation de Laurent-Désiré Kabila au pouvoir se transforma
néanmoins, en un laps de temps, en une très grande déception en
l’absence d’ouverture politique et de recherche d’un consensus minimum
sur l’Etat à reconstruire. Incohérence et inconsistance des politiques,
concentration, ethnicisation et personnalisation du pouvoir ont fini par
provoquer mécontentements et dissensions. La brouille avec les alliés
des circonstances, internes et aussi externes comme le Rwanda ainsi que
l’Ouganda, a conduit le 2 août 1998 à l’éclatement de la deuxième
« guerre interrégionale africaine ». Celle-ci s’est enlisée, le pays
étant
de facto divisé, massacres et destructions ont occasionné des déplacements massifs de populations civiles.
Sous la pression de la communauté internationale, un accord de cessez-le-feu fut cependant signé
in extremis en juillet et août 199 à Lusaka, en Zambie, entre six Etats
[5]
africains. Mais la mise en œuvre des accords de Lusaka s’est avérée
d’emblée très difficile. Peu de progrès avaient été réalisés au début de
2001. Suite à l’assassinat de Laurent-Désiré Kabila le 18 janvier 2001
et à l’arrivée presque imprévue au pouvoir de Joseph Kabila, une
opportunité s’est enfin dégagée, eût-on cru, pour sortir la République
Démocratique du Congo de la guerre et l’engager dans une voie de retour à
la stabilité structurelle.
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La création de la MONUC
Le 30 novembre 1999, dans le but de maintenir, entre autres, une
liaison sur le terrain avec toutes les parties concernées par l’Accord
de Lusaka, le Conseil de sécurité a créé, par
la résolution 1279,
la Mission de l’organisation des Nations Unies en République
Démocratique du Congo (MONUC). Celle-ci devait surtout garantir le
respect du cessez-le-feu, le désengagement des forces en présence et le
maintien d'une liaison avec toutes les parties ayant signé ledit
l'Accord de cessez-le-feu. A cet effet, le Conseil de sécurité
élargirait plus tard, à travers de nouvelles résolutions, le mandat de
la MONUC en lui attribuant plusieurs tâches supplémentaires. Après avoir
coûté plus de 10 milliards de dollars aux Nations Unies, sans pour
autant parvenir à mettre un terme aux conflits armés ayant fait près de 6
millions de morts, la MONUC fut à l’origine, de 1999 à 2008, d’une
cinquantaine de résolutions du Conseil de sécurité sur le situation en
République Démocratique du Congo.
La mise en place de la MONUSCO
Le 1
er juillet 2010, la Mission de l’organisation des
Nations Unies pour la stabilisation en République Démocratique du Congo
(MONUSCO) remplaça la MONUC, en application de
la résolution 1925 du
Conseil de sécurité du 28 mai 2010. Ce changement traduisit la nouvelle
phase dans laquelle le pays était entré. Cette mission devait en
principe utiliser tous les moyens nécessaires pour s’acquitter de son
mandat, notamment en vue d’assurer la protection des civils, du
personnel humanitaire et du personnel chargé de défendre les droits de
l’Homme se trouvant sous la menace imminente de violences physiques.
Ainsi devait-elle appuyer le gouvernement congolais dans ses efforts de
stabilisation, de protection civile et de consolidation de la paix. Avec
plus de 23 000 hommes, la MONUSCO représente le plus budgétivore et le
plus gros contingent des Nations Unies.
Les pourparlers de Kampala
A l’issue du sommet des pays de la région des Grands Lacs qui s’est
tenu le 24 novembre 2012 à Kampala, la capitale ougandaise, les chefs
d’Etat concernés ont demandé aux éléments du M23 de quitter la ville de
Goma. Dans cette intention, ils ont prié leur homologue congolais,
Joseph Kabila, d’écouter les revendications légitimes des agresseurs.
Mais ces derniers ont exigé un dialogue, avant d’envisager le retrait de
la capitale de la province du Nord-Kivu.
Les spécialistes de la région des Grands Lacs africains savaient
pertinemment que les pourparlers de Kampala préfiguraient le devenir de
la République Démocratique du Congo. En effet, ce qui s’est déroulé dans
la capitale ougandaise sous la supervision du président Yoweri Kaguta
Museveni, entre les représentants du gouvernement congolais et ceux du
mouvement dénommé M23, allait révéler le pot aux roses : le décrochage
de la région du Kivu au profit de l’Ouganda et du Rwanda. De plus,
Kinshasa avait la possibilité de reconduire les clandestins jusqu’à la
frontière. Il suffisait seulement de manœuvrer avec habileté. Mais
n’était pas Talleyrand qui le voulait !
L’accord-cadre d’Addis-Abeba
Lors du sommet de l’Union africaine qui s’est tenu à Addis-Abeba, en
Ethiopie, quelques dirigeants de la Communauté économique des pays des
Grands Lacs (CEPGL) ont suggéré la mise en place d’une force neutre en
vue de paralyser les éléments du M 23 et des Forces démocratiques de
libération du Rwanda (FDLR) qui opéraient dans la partie orientale de la
République Démocratique du Congo. Mais, dans la journée du 11 juillet
2013, la rencontre interministérielle de la Conférence internationale de
la région des Grands Lacs (CIRGL) a brillé par son incapacité à me
mettre les participants d’accord sur la cessation immédiate des conflits
qui déstabilisaient la région du Kivu. Pourtant, malgré quelques
failles, le 24 février 2013, les dirigeants des pays des Grands Lacs,
d’Afrique centrale et de la Communauté de développement d’Afrique
australe (SADC) avaient signé un accord-cadre de paix, sous l’égide des
Nations Unies, visant à mettre définitivement fin à deux décennies de
conflit dans l’Est du Congo-Kinshasa.

Primo, cet accord-accord aurait dû suspendre la médiation qui était
menée par le président rwandais entre le gouvernement congolais et les
éléments du M23. De plus, la mise en place d’une brigade d’intervention,
sous la direction des forces onusiennes, interviendrait en vue de la
stabilisation de la région. Secundo, l’engagement relatif au
renforcement de la coopération régionale n’avait pas précisa que seules
les ressources transfrontalières devraient être concernées par
l’intégration économique. Tertio, l’objectif de l’accord-cadre
d’Addis-Abeba devait renforcer la souveraineté de la République
Démocratique du Congo et non sa mise sous tutelle par le biais d’une
décentralisation maîtrisée par la communauté internationale. Par
ailleurs, l’absence de sanction à l’encontre des signataires a incité
très récemment le Rwanda à brandir la menace consistant à retirer sa
participation à cet accord-cadre.
Une fatalité congolaise ?
Faut-il conclure que les ressources naturelles dont regorge la
République Démocratique du Congo et sa situation géostratégique
sont-elles à l’origine du malheur du peuple congolais. Ce malheur est-il
le fait d’une simple fatalité ? Peut-on soulever l’hypothèse d’un
complot international contre ce pays ? En tout cas, de l’accession de ce
territoire à la reconnaissance internationale à nos jours, cet immense
pays a toujours suscité des rivalités de pouvoir à l’intérieur et des
convoitises à l’extérieur, c’est-à-dire à l’échelle régionale et
au-delà. A défaut d’un leadership national, ses attractives ressources
naturelles entretiennent sans cesse des conflits. Pour conjurer la
fatalité, voire le complot international, qui ne cesse d’hypothéquer
l’avenir des Congolaises et des Congolais, il est impératif de faire
émerger un projet de société cohérent qui devra forcément se décliner en
deux phases.
D’une part, il est urgent de développer une diplomatie performante
en vue de la sécurité et de la paix dans la région des Grands Lacs
africains. D’autre part, il faudra initier à très court terme une
sérieuse politique républicaine qui aura pour finalité la croissance
économique – l’objectif étant l’amélioration des conditions de vie des
populations locales, la lutte contre la pauvreté, l’évolution sociale,
la cohésion nationale et le patriotisme congolais.
Gaspard-Hubert Lonsi Koko
©
Agoravox
Notes
-
Ma vision pour le Congo-Kinshasa et la région des Grands Lacs, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, L’Harmattan, Paris 2013 ;
-
Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, L’Harmattan, Paris 2012.
[1]
Ce mouvement, né durant la Guerre froide, regroupait les États qui ne
se considéraient comme alignés ni sur le bloc de l’Est, ni sur le bloc
de l’Ouest.
[2]
Donnant au Secrétaire général la possibilité d’attirer l’attention du
Conseil de sécurité sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre
en danger le maintient de la paix et de la sécurité nationales.
[3] Cette résolution a été adoptée par 8 voix – la France, la République de Chine et le Royaume-Uni s’étant abstenus.
[4] Composée de l’Ouganda, du Burundi et du Rwanda.
[5] L’Angola, la République Démocratique du Congo, la Namibie, le Zimbabwe, l’Ouganda et le Rwanda.