mardi 3 avril 2012

A propos de « Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique »


Gaspard-Hubert Lonsi Koko : « Je me suis intéressé à un pays où il faut imaginer d’autres voies, un système politique adéquat en vue du bien-être des populations en proie à la misère»
Par  Le Potentiel
C’est le premier entretien que Gaspard-Hubert Lonsi Koko accorde à la presse depuis les élections du 28 novembre 2011 en RDC. Homme de conviction et d’action, il s’est présenté comme candidat indépendant à la députation dans la circonscription de Madimba (Bas-Congo). Rentré en France, quelque peu dépité, cet écrivain au style raffiné publie chez l’Harmattan un livre intitulé : « Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique », œuvre dans laquelle il analyse férocement la situation en RDC. Avec la verve qu’on lui connait, il a accepté de répondre aux questions de notre correspondant en France.

Vous publiez bientôt chez l’Harmattan un livre au titre qui ne peut laisser indifférent : « Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique ». Qu’est-ce qui vous a poussé à écrire ce livre ?
J’ai voulu faire le point, en tant que candidat à la députation nationale, sur les élections dans un pays africain où le processus démocratique est en plein balbutiement, un pays où l’économie peine à décoller, où les droits fondamentaux de l’être humain sont bafoués, où les infrastructures font défaut. Je me suis penché sur le cas d’un pays où le chômage ne cesse de battre des records inimaginables, un pays où l’État a démissionné depuis longtemps. Oui, je me suis intéressé à un pays où il faut imaginer d’autres voies, un système politique adéquat en vue du bien-être des populations en proie à la misère.

Que recouvre la formule « le degré zéro de la politique » en parlant de la République démocratique du Congo ?
La carence dans la formation des membres de la CENI, le manque de formation des témoins de partis politiques et de candidats indépendants ont démontré l’irresponsabilité des acteurs politiques dans les nombreux déficits ayant hypothéqué le processus électoral. On ne doit pas excuser les faits graves concernant les électeurs dont les noms ne figuraient nulle part et la mise en place des bureaux fictifs. L’improvisation et le retard dans l’envoi du matériel ne doivent être tolérés au prétexte que l’on était confronté au défaut d’infrastructures et à la défaillance en matière des transports. Je n’exagère donc pas, à propos du degré zéro de la politique qui caractérise notre pays. Vous dites que « le Congo est un bateau ivre »…
Au-delà de la description rimbaldienne, la RD Congo ressemble à un navire qui vague vers un futur incertain. Son équipage, en ayant pris en otage les passagers, a bafoué les institutions. Il s’est moqué de la morale, dès lors qu’il a transformé une défaite électorale en une victoire à la Pyrrhus.

Vous parlez d’un futur incertain pour le Congo. Selon vous, le pays n’est pas dirigé par des acteurs politiques capables de le sortir du bourbier dans lequel il se trouve ?
Des forbans, qui ne se soucient guère du bien mal acquis, sont aux commandes du bateau ivre qu’est devenu le Congo-Kinshasa. Nous devons empêcher le naufrage, pour nous épargner un investissement titanesque. Notre pays a besoin d’hommes et de femmes en mesure d’offrir une autre perspective que le bricolage.

Avez-vous une ou des solutions pour cela ?
Je dispose de toute une panoplie de solutions en vue de la liberté, l’égalité, la prospérité et la paix. Encore faut-il que nos compatriotes privilégient le projet de société aux promesses chimériques, que la conscience politique prenne le dessus sur la politique du ventre, que la gestion de la chose publique l’emporte sur l’esprit de lucre. Les mentalités doivent évoluer. L’avenir ne dépendrait que de la capacité des différents acteurs à bâtir un havre où prédominerait la vraie joie de vivre.

Que vous inspire les noms de vos ascendants que vous évoquez dans votre livre : les Nlasa Ngandu, les Vuzi di Nkuwa, les Kimuakasa et les Nsala Nkanga ?
Je suis à la fois mfumu Nlasa Ngandu, fils des Vuzi di Nkuwa, petit-fils des Kimuakasa et des Nsala Nkanga. Mes ascendants confirment mes quatre identités claniques propres aux Bantous. Le troisième alinéa de l’article 10 de la Constitution du 18 février 2006 constate, en effet, la nationalité congolaise d’origine. Celle-ci est inaliénable. Ainsi prime-t-elle sur une autre citoyenneté. Quelle leçon tirez-vous de votre expérience de candidat à la députation dans la circonscription de Madimba ?
Le bilan est globalement négatif. Néanmoins, la campagne électorale que j’ai faite dans le Bas-Congo constitue le premier pas vers l’espérance à venir. Je la considère comme étant l’échec le plus honorable de mon parcours politique, car les forces de la vie finiront par faire oublier la défaite. Les temps des épreuves ne pourront que me rendre digne du temps des victoires. Socialiste jaurésien à tendances blumiste et mitterrandiste, j’essaie toujours de concilier l’idéal et le réel. Je n’ai ni regret pour le passé, ni remords pour le présent mais une confiance inébranlable pour le futur.

Tout le monde a décrié le travail réalisé par la CENI et soutient qu’il faut recadrer cette institution ou mettre en place une nouvelle CENI pour les élections futures (les provinciales, les sénatoriales...). Quel est votre avis ?
Le double scrutin du 28 novembre dernier n’a été, sur le plan national, qu’une mascarade censée permettre la réélection de Joseph Kabila, et lui donner une majorité confortable au Parlement. La CENI n’a-t-elle pas cautionné la nomination des députés du cru 2011 ? Il est indispensable de réformer cette institution, pour éviter d’autres déboires électoraux.

Que pensez-vous de l’ouverture prônée par Joseph Kabila ?
C’est la majorité parlementaire qui gouverne. La politique de la main tendue prouve que le président sortant est électoralement minoritaire. S’imposer sur le plan légal ne donne pas forcément la légitimité, laquelle s’acquiert par la reconnaissance populaire. C’est la raison pour laquelle Joseph Kabila veut associer l’opposition à son probable échec.

Etes-vous pour un gouvernement d’union nationale avec une majorité recomposée ?
La manipulation, la contestation, la suspicion et le rejet des résultats des élections sont dus au laisser-faire. Cette négligence concernait la bataille liée à l’articulation du processus électoral, le manque de confiance à l’égard de la CENI et d’autres institutions qui étaient impliquées dans la démarche, la méfiance entre les acteurs politiques majeurs, l’attitude des élites. Elle est aussi due à la manipulation des populations et à l’instrumentalisation des institutions, à l’opacité des conditions de transfert et de compilation des résultats, aux arrière-pensées politiques dictées par l’angoisse et les incertitudes, quant à l’avenir et au devenir tant individuel que collectif. Ces facteurs ont poussé les uns et les autres à perturber ce processus électoral pour aboutir à des négociations en vue d’un nouveau partage du pouvoir dans le cadre d’un gouvernement d’union nationale, ou de transition. Joseph Kabila n’aura aucun mal à débaucher au sein de l’opposition, moyennant quelques postes ministériels et d’autres avantages matériels. Non, je ne suis pas favorable à un gouvernement d’union nationale. Il faut mettre la soi-disant majorité présidentielle au pied du mur et la laisser se décomposer au profit d’une opposition crédible, dont je préconise instamment la mise en place.

On prendrait le risque de dire que le débauchage, s’il en est un, affaiblirait ou fragiliserait l’Opposition qui sera incapable de jouer son rôle de contre-pouvoir. Est-ce qu’en RDC l’Opposition a-t-elle déjà été à la hauteur d’un quelconque enjeu ?
Si l’opposition congolaise n’avait rien entrepris durant la mandature 2006-2011, alors qu’elle détenait plus d’élus qu’à l’issue du scrutin du 28 novembre dernier, elle serait davantage inexistante face à l’actuelle majorité concoctée pour la tranquillité de Joseph Kabila.

Pour calmer la tension politique entre la majorité présidentielle et l’Opposition, d’aucuns souhaitent que soit nommer un premier ministre issu de l’opposition. Qu’en pensez-vous ?
Que fera un Premier ministre qui ne détiendra aucune majorité au Parlement ? De quelle marge de manœuvre disposera-t-il ? Je m’insurgerais volontiers contre une telle nomination.

Selon vous, comment créer les conditions d’un dialogue possible entre la majorité présidentielle et l’Opposition ?
Il y a quelque chose de malsain au Congo-Kinshasa. Mais une jurisprudence bantoue recommande de façonner l’argile pendant qu’elle est humide. Ainsi est-il important de réfléchir à d’autres voies pouvant permettre au peuple congolais de connaître des lendemains meilleurs. Il faudrait créer les conditions favorables à des alternances politiques qui ne souffriraient d’aucune contestation. Et cela passerait par le fait de juguler en urgence la crise politique actuelle et de permettre l’émergence de nouveaux acteurs à l’étoffe d’hommes et de femmes d’État. Les Congolais devraient obliger la classe politique à tendre vers l’excellence.

Continuez-vous votre combat politique ?
Le processus électoral tant décrié en RD Congo ne doit guère décourager les femmes et les hommes de bonne volonté, dans la recherche des voix salutaires en vue de l’amélioration matérielle et du rayonnement intellectuel. Il est des moments où l’on doit faire l’impasse sur une injustice quelconque pour ensuite cheminer en toute quiétude vers l’aube de la démocratie. À l’instar de Josué, fils de Nun, qui avait jadis su patienter avant de se lever et de traverser le Jourdain, j’ai fait le choix de franchir le Congo... Quand on fixe un cap, il faut le suivre.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

mardi 27 mars 2012

Un bateau ivre nommé République Démocratique du Congo


« La dictature, c'est “ferme ta gueule”, la démocratie, c'est “cause toujours”. » Faisant sienne la citation du metteur en scène français Jean-Louis Barrault, Gaspard-Hubert Lonsi Koko se penche, tel un entomologiste, sur l'expérience l'ayant conduit à séjourner pendent plus de quatre mois en République Démocratique du Congo dans le cadre des élections présidentielle et législatives qui s'étaient tenues le 28 novembre 2011. En effet, dans l'ouvrage intitulé Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique, en tant que bantou, l'auteur évoque ses ascendants : les Nlasa Ngandu, les Vuzi di Nkuwa, les Kimuakasa et les Nsala Nkanga, dont l'établissement se situe dans les territoires de Madimba et de Kasangulu, c'est-à-dire dans le district de la Lukaya dans la province du Bas-Congo.


À peine ses racines dévoilées, M. Lonsi Koko s'attarde sur sa campagne dans le territoire de Madimba où il s'est présenté aux élections législatives de faire un diagnostic que le scrutin présidentiel. De ce fait, il a évoqué les fraudes ayant émaillé ledit scrutin et mit l'accent sur la responsabilité commune de la classe politique et du peuple congolais. Un ouvrage à lire absolument, si l'on veut comprendre les causes du degré zéro qui ne cesse d'agiter ce bateau ivre qu'est la République Démocratique du Congo.

Mbuta Muntu

(*) Pour se procurer cet ouvrage, prière de cliquer sur le lien ci-contre : http://www.editions-harmattan.fr/index.asp?navig=catalogue&obj=livre&no=36789.

dimanche 18 mars 2012

Gaspard-Hubert Lonsi Koko sur Radio Vexin Val de Seine

À l’occasion de la prochaine parution de son livre au titre qui ne peut laisser indifférent : « Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique », chez l’Harmattan , Gaspard-Hubert Lonsi Koko sera l’invité de Robert Kongo sur l’antenne de RVVS 96.2 FM (http://www.rvvs.fr), le samedi 24 mars à 15 heures (heure de Paris).
 
Acteur et témoin du double scrutin du 28 novembre 2011 en République Démocratique du Congo, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, avec le talent d’orateur qu’on lui connaît, livrera aux auditeurs de la radio ouest-parisienne son analyse de la situation au Congo.

                                                                               LA REDACTION 

jeudi 15 mars 2012

Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique

L’auteur décortique, dans cet ouvrage, le chaotique processus électoral qui s’est déroulé le 28 novembre 2011 au Congo-Kinshasa. Ainsi met-il en évidence le combat politique dans un pays où l’État a démissionné depuis belle lurette ; un pays où il faut absolument imaginer d’autres voies ; un pays qui a urgemment besoin « d’inventeurs d’avenir », d’hommes et de femmes de talent capables de tracer des sillons qui serviront de canevas aux générations à venir.

À la fois acteur et témoin d’un des moments décisifs du devenir du Congo-Kinshasa, Gaspard-Hubert Lonsi Koko livre aux lecteurs, grâce à l’ironie du peintre et à la culture du savant, un vécu censé conscientiser à court, moyen et long terme les acteurs économiques, sociaux et politiques d’un pays qui, s’il est consciencieusement dirigé, deviendra sans conteste l’un des géants du continent africain.

Éditeur : L’Harmattan
ISBN : 978-2-296-96162-3
Prix : 15,50 €
Parution : Fin mars 2012

mercredi 14 mars 2012

RD Congo : les enjeux de la Cassitérite

Christophe Boltanski : « La Cassitérite est à la fois le nerf et l’enjeu de la guerre dans la région des Grands Lacs. » (*)
 Dans son ouvrage de 344 pages, Christophe Boltanski, grand reporter au Nouvel Observateur, a enquêté sur le parcours de la Cassitérite, principal composant de l’étain, l’un des minerais les plus disputés pour les téléphones portables, les MP3, les scanners, les imprimantes, les ordinateurs…
Ainsi, dans ce livre captivant et dense publié aux éditions Grasset, l’auteur montre que la guerre qui secoue la région des Grands Lacs, aussi lointaine soit-elle, est liée à la modernité et au quotidien des Occidentaux. Interrogé par notre correspondant en France, Christophe Boltanski fait le point. Ci-dessous l’intégralité du texte de l’interview que Boltanski lui a accordée.
Que recouvre la formule « minerais de sang » ?
Cette expression découle d’une autre : «Diamants de sang». C’est à propos des diamants que cette formule a été utilisée pour la première fois. Ces diamants de conflits ont alimenté les nombreuses guerres livrées par des rebelles aux gouvernements en Afrique, notamment en Angola, au Liberia, au Sierra-Leone… Extraits de mines localisées dans des zones où la guerre faisait rage, ces diamants étaient vendus en toute illégalité et en toute clandestinité, afin de fournir en armes et en munitions les groupes armés qui les exploitaient. C’est la raison pour laquelle a été mis sur pied le processus de Kimberley dont l’objectif est d’éviter de négocier, sur le marché mondial, l’achat des diamants présentés par des mouvements rebelles dans le but de financer leurs activités militaires.
Qu’est-ce qui a motivé cette enquête ?
J’ai découvert le Kivu en 2008 lors de l’offensive de Laurent Nkunda sur Goma. Nous avons été un certain nombre de journalistes à se rendre sur place pour couvrir la énième guerre qui secoue le Kivu, région réputée pour son sous-sol truffé de richesses naturelles mais déstabilisée par quinze ans de conflits sporadiques et de rebellions incontrôlées. Les troubles datent de 1994, quand les auteurs des massacres passent en RDC, en fuite désorganisée, rapidement transformée en razzia sur la population et le sous-sol. Sur le terrain, je réalise à quel point ce conflit est généré par cette terre riche en minerais rares : plusieurs armées rebelles, servant les intérêts des Etats voisins ou de groupes industriels occidentaux, sont en manœuvres perpétuelles dans la région depuis les années 1990. Troublé par ce scandale humanitaire, j’ai décidé d’explorer le sujet pour déterminer combien cette guerre de quinze ans, qui paraît si lointaine aux yeux des Occidentaux, est liée à leur confort technologique et à leur image de la modernité. En particulier, je pointe un minerai-clé dans la poursuite de la guerre : la cassitérite.
Quelle a été la démarche du journaliste que vous êtes ?
Pendant deux ans, j’ai tenté de retrouver les acteurs de cette longue chaîne de production. J’ai écouté les creuseurs exploités dans les mines artisanales du Nord-Kivu, dans l’Est du Congo, à la frontière avec le Rwanda. J’ai côtoyé les soldats qui écument la région et se servent au passage, j’ai voyagé avec les pilotes slaves qui approvisionnent les comptoirs de Goma ou de Kigali dans leurs vieux coucous soviétiques, je suis allé voir les fondeurs qui transforment la cassitérite en étain, métal indispensable à la fabrication de toute notre technologie électronique. J’ai parlé aux ONG, aux experts en relations internationales, à un brahmane, à des chefs d’entreprise et à des syndicalistes ; à des traders du London Metal exchange, à des géologues, aux directeurs commerciaux des multinationales de la hi-fi. J’ai voyagé sur un tiers de la planète, déterminé à mesurer à quel prix parlons-nous au téléphone, consultons-nous Internet ou photographions-nous les êtres qui nous sont chers ?
La Cassitérite est le minerai-clé dans la poursuite de la guerre dans la région des Grands Lacs, dites-vous. Pourquoi ?
La guerre n’est évidemment pas un hasard. Elle est motivée par l’exploitation des ressources du sous-sol congolais. Depuis le XIXe siècle, le Congo et ses immenses ressources suscitent toutes les convoitises. Il a toujours été considéré comme une terre de richesses à piller. Oui, la cassitérite, métal préféré de l’industrie de pointe, est à la fois le nerf et l’enjeu de cette guerre. Aujourd’hui, ce principal composant de l’étain en est le carburant. Et l’étain, facile à manipuler et à souder, excellent conducteur, est devenu un métal indispensable dans la composition d’innombrables objets électroniques dont les circuits imprimés rendent notre quotidien si confortable : PC, MP3, cellulaires, avion, voitures, PlayStation, hi-fi, radios, télévisions, décodeurs, scanners, imprimantes…, tout ce qui comporte d’électronique, toute notre modernité en contient une trace.
On nous avait annoncé l’entrée dans l’ère du virtuel, l’industrie minière était devenue synonyme de charbon, de saleté, de XIXème siècle. Or, nous sommes plus que jamais dépendant de ces matières premières.
Vous avez suivi la livraison de cargaison de Cassitérite. Avez-vous réussi à connaître la destination de cette cargaison ?
Patiemment, j’ai remonté la filière. Le minerai est d’abord convoyé à vélo, ou à dos d’homme, par sac de 50 ou 60 kg, jusqu’à une petite localité, Walikale, où il est acheminé à Goma, capitale du Nord-Kivu, par avion. Concassé et pulvérisé, le minerai file ensuite au Rwanda. De Kigali, il part en camion vers Dar-es-Salaam. Puis, il est exporté en Malaisie dans la fonderie de Butterworth, qui raffine un huitième de la production mondiale, transforme la poudre d’étain en lingots argentés, étincelants, pur à plus de 99%. Ses plus gros clients : les fabricants de fils de soudure parmi lesquels le groupe allemand Henkel, célèbre géant lessivier.
Dans quelles conditions travaillent les creuseurs dans les mines ?
Ils travaillent dans des conditions très difficiles : sous une chaleur hallucinante, ils doivent arpenter des tunnels toujours plus longs, les sacs de 50kg portés sur les épaules. Les risques qu’ils prennent pour gagner quelques francs congolais sont insensés. Parfois, ils ne gagnent rien quand leur exploitation est pillée par les hommes en armes ou qu’ils doivent trimer gratuitement sur les nouveaux filons, pas encore rentables. Les creuseurs sont presque tous endettés. C’est vraiment une forme d’esclavage.
Qui est responsable de ce nouvel esclavage ?
Contrairement à l’époque coloniale, il est difficile de dire qui est responsable de ce nouvel esclavage. C’est tout le paradoxe : il se passe des choses effroyables au Congo, mais la mobilisation est assez faible, car chaque acteur peut facilement se décharger de ses responsabilités. Or, tout est préfinancé. Les négociants achètent les minerais avec l’argent des comptoirs, qui eux-mêmes en reçoivent du principal trader, Minerals Supply Africa, qui lui-même se fait préfinancer par la fonderie Malaysia Smelting Corporation. Donc, contrairement à ce qu’ils disent, ils savent tout à fait d’où vient le minerai.
Il y a bien évidemment une responsabilité internationale dans tout ce qui se passe dans cette région du Congo. Pourtant, il est absolument indispensable que les industriels s’impliquent davantage. Comment faire en sorte qu’ils s’engagent sur le terrain et offrent des conditions de travail décentes ?
Il faut de véritables campagnes d’opinion. Que les gens prennent conscience que les objets qui nous entourent, de moins en moins cher et la durée de vie de plus en plus courte- ce qui provoque des tonnes de déchets, retraités dans des conditions épouvantables dans le Tiers-monde-ont un coût humain très élevé. Il faut une pression des consommateurs. On doit se battre pour qu’il y ait une vraie traçabilité des matières premières. A chaque fois que j’allais interroger des entreprises, en aval, elles me disaient qu’elles ne pouvaient évidemment rien dire, ni sur leurs clients ni sur leurs fournisseurs, que c’étaient des secrets commerciaux. Au nom de quoi ? Les bouchers sont bien obligés de dire si leur viande vient de l’Ecosse ou du Limousin ! Pourquoi les industriels peuvent-ils s’abriter derrière le secret commercial si facilement ?
Il existe bien une loi américaine qui interdit l’usage des minerais de sang dans l’électronique…
Tout à fait. Et c’est une bonne loi, car elle montre que les industriels peuvent être tenus responsables de ce qui se passe sur le terrain. Elle a un vrai impact dans le secteur électronique. Mais le danger, c’est qu’elle pousse les industriels à se désengager du Congo, ce qui aboutirait à un boycott de la région. Or, en dehors des minerais, elle n’a rien. L’extraction continuera donc, mais en contrebande, via des circuits encore plus opaques qui passent par la Chine ou le Kazakhstan. C’est ce qu’il faut éviter.
Pourquoi vous vous êtes rendu au Ghana pour terminer votre enquête ?
Le Ghana est devenu ces dernières années l’une des principales terres d’accueil des déchets électroniques en provenance d’Europe et des Etats-Unis. Des milliers d’ordinateurs et autres appareils électroniques y sont désossés et brûlés en plein air par des adolescents, dans des décharges insalubres. Objectif : récupérer le cuivre, revendu ensuite à l’étranger. Un business illégal mais toléré, aux conséquences dramatiques sur l’environnement et la santé des ouvriers.
Quelle leçon tirez-vous de ce voyage au long cours ?
Le système dans lequel nous vivons-à cette époque de la mondialisation-est basé sur une déresponsabilisation généralisée. En effet, personne n’est responsable de rien, personne n’a plus de compte à rendre à personne. Des choses épouvantables se cachent derrière le concept de modernité. Il faut les dénoncer. Une partie de notre travail de journaliste est d’établir cette chaîne de responsabilité.
PROPOS RECUEILLIS PAR ROBERT KONGO, correspondant en France
(*) Christophe Boltanski est l'auteur de Minerais de sang, les esclaves du monde moderne.

dimanche 11 mars 2012

L’immaturité politique en République Démocratique du Congo


Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique. Tel est le titre d’un ouvrage qui paraîtra très prochainement chez un éditeur parisien, dont l’auteur n’est rien d’autre que Gaspard-Hubert Lonsi Koko(*). En effet, le narrateur évoque la campagne électorale dans le territoire de Madimba dans le Bas-Congo en République Démocratique du Congo, où il s’est présenté à la députation nationale. Il fait, au-delà de sa propre expérience, le bilan d’un processus qui a abouti le 28 novembre 2011 aux élections présidentielle et législatives. Ainsi s’insurge-t-il contre la crise post-électorale qui risque d’hypothéquer l’avenir des Congolaises et des Congolais.

Comme à l’accoutumée, Gaspard-Hubert Lonsi Koko a su s’appuyer sur les différents genres littéraires pour livrer aux lecteurs un verdict implacable. Celui-ci met en évidence l’irresponsabilité de la classe politique congolaise, toutes tendances confondues, et s’interroge sur la maturité politique des Congolaises et des Congolais. Les peuples méritent-ils les dirigeants qu’ils ont ? Telle est, grosso modo, la théorie sur laquelle repose la démonstration de l’auteur.

À la lecture de cet ouvrage, on réalise que l’on a affaire à un auteur émerveillé qui sermonne les mauvais citoyens qui s’obstinent dans la médiocrité et propose aux citoyens consciencieux une perspective toute nouvelle de la pratique politique.

Charles Banikina


(*) Gaspard-Hubert Lonsi Koko a publié l’année dernière, chez L’Harmattan, un ouvrage intitulé La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie.

vendredi 24 février 2012

De la spiritualité en politique ?

L'avenir de la République Démocratique du Congo relève-t-il en partie de la spiritualité ? Telle est la question que l'on est amené à se poser à la lecture des belles pages du livre que publiera prochainement Gaspard-Hubert Lonsi Koko chez L'Harmattan. En effet, cet ouvrage intitulé Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique est dédié en premier lieu au Dieu tout puissant et aux forces de l'esprit ; ensuite aux ascendants de l'auteur – les Nlasa Ngandu, les Vuzi di Nkuwa, les Kimuakasa et les Nsala Nkanga – et enfin à son père, sa petite sœur et son petit frère décédés.

Au fil des chapitres, à travers le territoire de Madimba dans le Bas-Congo et les autres contrées de la République Démocratique du Congo, les héros congolais – tels que Kimpa Vita, M'Siri, Simon Kimbangu, Joseph Kasa Vubu, Patrice Lumumba... – côtoient des illustres Gaulois d'obédience socialiste comme Jean Jaurès, Léon Blum et François Mitterrand. Ainsi la dimension internationale de l'auteur consolide-t-elle la vision mystique qui a toujours habité les grandes personnalités.

S'appuyant avec habilité sur l'ironie du peintre et la culture du savant, Gaspard-Hubert Lonsi Koko démontre qu'une victoire, la vraie, s'obtient à travers les batailles qui se déroulent à la frontière entre l'eau et la savane, l'invisible et le visible... Si les peuples ont des chefs qu'ils méritent, une élection doit surtout servir à leur conscientisation et non au simple bourrage d'urnes pour des intérêts personnels.

Antoine Ndontoni

RD Congo : Ousmane Paye confirme la tenue à Kinshasa du 14ème sommet de la Francophonie »

Ousmane Paye : « Au nom de l’Organisation, je vous confirme la tenue à Kinshasa, du 12 au 14 octobre 2012, du 14ème sommet de la Francophonie ». Cette déclaration a été faite au cours d’une interview qu’il a acceptée d’accorder à notre correspondant en France. Le Conseiller spécial du secrétaire général de la Francophonie chargé de l’organisation des sommets, M. Ousmane Paye, confirme ainsi le déroulement à Kinshasa du sommet de la Francophonie 2012. Optimiste, il croit en la volonté des acteurs politiques congolais, toutes tendances confondues, de voir leur pays organiser le Sommet francophone et à la capacité technique de la République démocratique du Congo de le réussir.

- Interview.

Confirmez-vous la tenue à Kinshasa en octobre prochain du 14ème sommet de la Francophonie ?

Au nom de l’Organisation, je vous confirme la tenue à Kinshasa, du 12 au 14 octobre 2012, du 14ème sommet de la Francophonie. Les travaux de préparation sont bien avancés. Depuis le début de l’année 2011, après la désignation de Kinshasa comme ville hôte du 14ème sommet de la Francophonie et la confirmation de celle-ci en 2010 à l’occasion du sommet de Montreux, les missions que j’ai eues à conduire à Kinshasa ont servi d’abord à évaluer la capacité technique de la RDC d’organiser ce sommet, ensuite à voir la mise en place d’un comité congolais d’organisation en charge de la préparation de cette rencontre.
A l’issue des travaux de la 27ème Conférence ministérielle de la Francophonie (CMF) qui s’est tenue ici à Paris les 1er et 2 décembre 2011, la RDC, représentée par M. Raymond Tshibanda, ministre de la Coopération internationale et régionale, président du Comité national d’organisation du sommet de Kinshasa, a repris le flambeau de la présidence de la CMF après Mme Micheline Calmy-Rey, présidente de la Confédération Helvétique. Lors d’une mission à Kinshasa, j’ai eu à remettre officiellement à M. Tshibanda les pré-requis techniques pour l’organisation du sommet en vue de l’élaboration du cahier des charges. Depuis cette date, à l’occasion des réunions de la Commission politique, les émissaires du Comité national d’organisation nous rendent compte régulièrement de l’avancement de leurs travaux de préparation.

Comment expliquez-vous cette rumeur persistante autour d’un report, voire d’une annulation de la tenue de ce sommet en RDC ?

Puisque je n’en suis pas l’auteur, je ne peux pas me l’expliquer et elle ne m’est même pas parvenue. Moi je suis le président du Comité de pilotage en charge pour l’OIF d’organiser le sommet en partenariat avec le Comité national congolais. Et nous sommes au travail.

Certains pays voisins envisagent déjà le transfert du sommet chez eux…

C’est possible, mais c’est vous qui me l’apprenez.

Dans l’hypothèse où il y aurait report, annulation du sommet ou transfert dans un pays tiers, quelles pourraient en être les vraies raisons ?

Je suis très optimiste quant à la tenue à Kinshasa du 14ème sommet de la Francophonie, car il me paraît que c’est la volonté de tous les Congolais d’organiser cette grande rencontre chez eux. J’en déduis donc que ce sommet aura bel et bien lieu. J’ai eu l’avantage de rencontrer beaucoup de responsables politiques congolais, toutes tendances confondues, il n’y en a pas un seul qui remet en question cette opportunité qui s’offre à la RDC de recevoir sur ses terres les 75 délégations francophones. Je voudrais vous rappeler que la RDC est le pays francophone le plus important sur le continent africain, autant sur le plan démographique que géophysique. Et vous savez quelle place occupe la langue française dans ce pays. Donc, il est tout à fait légitime, aujourd’hui, que la RDC ait son sommet et à travers elle l’Afrique centrale. C’est la volonté clairement affichée par le président de la République, le gouvernement ainsi que tous les acteurs politiques congolais que j’ai eus l’honneur de rencontrer.

La RDC est-elle prête pour organiser un tel sommet, selon vous ?

Oui, parce que les Congolais en ont la volonté et la RDC en a la capacité technique. J’ai visité des lieux où peuvent se dérouler les travaux ; des lieux où les délégations peuvent se loger ; des capacités de transport des délégués ; autant d’instruments indispensables à l’organisation d’un sommet qui fondent mon optimisme.

Vous semblez très optimiste, non ?

Du point de vue de l’organisation technique, tout se passe comme nous l’avons toujours fait dans la préparation de tous les sommets. De ce point de vue, tout se déroule selon nos prévisions. Si vous voulez faire allusion à la tension postélectorale qui prévaut en RDC, je vous dis tout de suite que cela relève de la gestion des acteurs politiques congolais qui n’en sont pas à leur première difficulté de politique intérieure. C’est une situation qu’ils ont toujours pu surmonter par le biais du dialogue ou de la médiation. Mais là n’est pas ma responsabilité en tant que président du Comité de pilotage. Je suis, pour ma part, totalement dans mon chronogramme. Voilà la raison objective pour laquelle j’affiche cet «optimisme de la volonté» comme aime à le dire souvent le secrétaire général de la Francophonie, le président Abdou Diouf.

La tension postélectorale qui prévaut en RDC ne pourrait donc compromettre la tenue de ce sommet…

La stabilité politique et sociale est indispensable pour organiser de grands rendez-vous. Et connaissant relativement bien l’histoire de ce pays, mon optimisme m’emmène à penser que les Congolais trouveront une solution consensuelle pour surmonter les difficultés politiques qu’ils rencontrent et ils en sont capables.

N’êtes-vous pas inquiet de la situation politique en RDC ?

Inquiet, non mais plutôt attentif à tout ce qui s’y passe. En raison de cette importante échéance que nous avons devant nous.

Quel regard portez-vous sur le déroulement des élections du 28 novembre 2011 en RDC ?

Je n’étais pas au Congo, notre organisation non plus. Donc, je ne peux porter un jugement quelconque sur le déroulement du processus électoral. J’en ai simplement eu des échos. Des observateurs sur le terrain ont constaté et dénoncé, ici et là, des dysfonctionnements voire des irrégularités. Les résultats définitifs de la présidentielle ont été publiés et le chef de l’Etat a été officiellement investi. Maintenant que les résultats provisoires des législatives sont également publiés et que la session parlementaire vient de s’ouvrir, l’heure est à l’examen des recours déposés. Je vous rappelle que dans un communiqué publié à l’issue des élections du 28 novembre 2011 en RDC, le secrétaire général de la Francophonie a demandé d’user des voies légales pour toute contestation pour déposer des recours en recommandant leur examen objectif et minutieux par la Cour suprême de justice avant la proclamation des résultats définitifs. Et ceci en écartant toute violence et en privilégiant le dialogue et le respect de la légalité.

Concrètement, quel rôle entend jouer l’OIF pour apaiser la tension postélectorale en RDC ?

Le secrétaire général le dit à maintes occasions : l’OIF est à la disposition de tous ses pays membres, y compris la RDC qui peut comme tout autre solliciter son expertise, sa facilitation et sa médiation.

Pensez-vous que le dialogue est possible entre la majorité présidentielle et l’Opposition, notamment l’UDPS d’Etienne Tshisekedi ?

Oui, je le pense profondément, et j’en parle depuis le début de notre entretien.

Les autorités congolaises ne sont-elles pas en train de commettre la même erreur qu’en 1991 lorsque le sommet de la Francophonie prévu en RDC, Zaïre à l’époque, avait été délocalisé pour des raisons politiques ?

Ce n’est pas vraiment la même situation. En 1991, j’étais moi-même conseiller du président de la République et secrétaire général de la Commission de la Francophonie du Sénégal. En cette qualité, j’ai eu le privilège de faire partie de la délégation qui a œuvré dans le transfert du 4ème sommet de Kinshasa à Paris pour d’autres raisons que celles que vous évoquez aujourd’hui et en parfait accord avec les autorités congolaises.

Les Congolais ne risquent-ils pas de déchanter cette fois-ci encore ?

Je ne le pense pas, car au moment où je vous parle, je travaille harmonieusement avec le comité préparatoire en charge du 14ème sommet. Ici à l’OIF, nos services, notamment les conférences internationales, œuvrent à la préparation de différents schémas protocolaires, logistiques et d’accréditation. Et je vous redis ma foi dans la capacité des hommes politiques de la RDC à surmonter leurs divergences par le biais de la concertation et du dialogue. Ils savent tous que ce dialogue sera la source d’une stabilité politique susceptible de créer les conditions et le cadre du développement économique et social dont ce peuple congolais a tant besoin.

Le peuple congolais peut donc continuer à y croire ?

Je le pense bien sincèrement.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant en France

vendredi 17 février 2012

La République Démocratique du Congo, une victoire à la Pyrrhus

Après une épreuve de force entre l’opposition thisekediste et la majorité kabiliste, le président sortant, en l’occurrence Joseph Kabila, est reconnu par la plupart des partenaires de la République Démocratique du Congo et par la communauté internationale comme étant le vainqueur de l’élection présidentielle du 28 novembre 2011. Entre temps, plus de 350 députés nationaux ont assisté, le jeudi dernier, à la première session extraordinaire de la nouvelle Assemblée nationale convoquée par le secrétaire général de cette institution conformément à l’article 114 de la Constitution congolaise. La participation des députés de l’opposition, parmi lesquels figuraient quelques membres de l’Union pour la Démocratique et le Progrès Social (UDPS) d’Étienne Tshisekedi, dont l’un d’eux a d’ailleurs assuré la présidence du bureau provisoire en qualité de doyen d’âge, ne fait que légitimer les résultats, pourtant contestés, dudit scrutin.

Minoritaire nationalement mais plus ou moins majoritaire au parlement

À l’issue d’une élection présidentielle à un seul tour, le président Joseph Kabila a été finalement désigné vainqueur avec 48,95 % contre 51,05 % capitalisés par les dix prétendants qui avaient clamé haut et fort leur appartenance à l’opposition. Celle-ci, faute d’une candidature unique, s’est-elle-même privée d’un succès électoral qui était à sa portée. Quant aux élections législatives, la mouvance présidentielle est parvenue à rassembler sous sa bannière, dans un pays où l’esprit de lucre prime sur la conscience politique, une majorité hétéroclite qui volerait en éclats à la première occasion. Ainsi est-on en droit de s’interroger sur la longévité du gouvernement qui sera mis en place. D’aucuns savent qu’il est très difficile de gouverner en toute sérénité lorsqu’on est minoritaire sur le plan national. La situation devient davantage kafkaïenne quand on espère s’appuyer sur une majorité qui plus est hétéroclite.
En politique, on n’est souvent trahi que par les siens. Le nouveau parlement congolais – compte tenu de sa composition, de la crise économique que traverse le pays et des tensions socio-politiques en cours – finira-t-il par devenir une sorte d’épée de Damoclès suspendu au cou du président Joseph Kabila ? Il est donc nécessaire de trouver dans l'urgence des solutions efficaces aux causes déstabilisatrices de la victoire à la Pyrrhus que constitue la réélection de Joseph Kabila à la présidence de la République Démocratique du Congo.

Un futur incertain

« Rien n’est acquis d’avance à Kinshasa », dit un dicton populaire. C’est qui est en train de se décliner pathétiquement en République Démocratique du Congo, à savoir une confusion totale due à un processus électoral bâclé, ne doit laisser indifférente aucune institution aussi bien nationale, régionale qu’internationale. En effet, ce géant au pied d’argile risque de sombrer dans une crise aux conséquences incommensurables si les acteurs congolais ne parviennent pas à privilégier l’intérêt national. Tout observateur averti est conscient du fait que ce pays oscille avec imprécision, tel un bateau ivre, entre la stabilisation et la déstabilisation, la démocratisation et le chaos, la construction et la destruction, la pacification et les violences… Il vogue, lentement mais sûrement, vers un futur incertain.

Un choix rationnel

Il est indispensable que la majorité politique, aussi imprécise soit-elle, puisse permettre la liberté d’expression et, a contrario, l’opposition ne reste pas systématiquement contre-productrice. Dans la même optique, un peu de bonne volonté de la part des pays frères et amis ne peut qu’aider la classe politique congolaise à faire un choix rationnel en vue de la recherche des voix salutaires susceptibles de contribuer à la paix, à la maîtrise de l’insécurité, ainsi qu’à l’amélioration matérielle et au rayonnement intellectuel du peuple congolais. L’objectif consistera à ce que la République Démocratique du Congo soit véritablement dirigée par des acteurs politiques capables de mettre sur pied un havre où prédominera la vraie joie de vivre.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko


(*) Gaspard-Hubert Lonsi Koko est l’auteur de La République Démocratique du Congo, un combat pour la survie. Il publiera très prochainement chez L’Harmattan Congo-Kinshasa : le degré zéro de la politique.