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jeudi 23 juillet 2009

AFRIQUE/R.D. CONGO - Les réserves de coltan et d’autres minéraux qui alimentent la guerre au Sud et au Nord Kivu sont stratégiques


Kinshasa (Agence Fides) – Ce sont les minéraux du sous-sol du Nord et du Sud Kivu (Est de la République Démocratique du Congo) qui alimentent le conflit qui dure depuis plus de 12 ans. C’est ce qu’affirme un rapport publié récemment par l’organisation Global Witness, qui décrit en détail comment les différentes formations militaires de la zone se financent en pillant les richesses de la région.

« Dans différentes régions de la province du Nord et du Sud Kivu, ce sont les groupes armés et l’armée nationale congolaise qui contrôlent le commerce de la cassitérite (minerai d’étain), de l’or, de la columbite-tantalite (coltan), de la wolframite (dont on tire le tungstène), et d’autres minéraux » affirme le rapport intitulé « Face à un fusil, que peut-on faire ? ». Parmi les groupes cités dans le rapport, il y a les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR), formées de hutu rwandais qui depuis 15 ans sévissent parmi la population congolaise malgré les diverses tentatives de bloquer leurs activités (cf. Fides 3/6/2009). Comment ce groupe, officiellement banni par tous, est-il encore actif ? A la lumière des révélations de Global Witness, la réponse est claire, car il se finance avec le trafic illicite de minéraux avec la complicité d’acteurs internationaux.
Le document de la britannique Global Witness arrive après une étude réalisée par l’« Ecole de Guerre économique » (EGG) française, sous la direction de Christian Harbulot, en novembre 2008, intitulée « La guerre du coltan en RDC », dans laquelle sont mis en lumière les intérêts économiques et stratégiques des plus grandes puissances mondiales pour contrôler le coltan, un minérai utilisé dans l’industrie électronique, aérospatiale et des armements.
« L’Europe et les Etats-Unis sont totalement dépendants de la réserve étrangère de coltan » affirme le rapport de l’ECG. « Si actuellement l’Australie et le Brésil en exportent en grandes quantités, l’enjeu géostratégique des puissances qui raisonnent en termes de réserves est dans la République Démocratique du Congo. En effet le coltan de la région du Kivu représente entre 60 et 80% des réserves mondiales de tantale (métal extrait du coltan). Pour ces états dotés de systèmes de défense à haute technologie, le coltan, outre son potentiel économique effectif, est stratégique, car le tantale est indispensable à l’industrie aéronautique, aérospatiale et à la défense » affirme le document qui cite aussi un rapport du Pentagone dans lequel on reconnaît que « plusieurs applications du tantale ont à voir, directement ou indirectement, avec la défense ».
De l’analyse des rapports des deux groupes de recherche, on comprend que la guerre dans les deux Kivu, souvent décrite comme « ethnique », rentre dans un conflit beaucoup plus vaste qui a des implications économiques et stratégiques qui vont bien au-delà du Congo et de l’Afrique même. Les différents mouvements de guérilla et les armées qui agissent dans les deux provinces congolaises se disputent le contrôle des gisements miniers. Derrière eux il y a plusieurs états africains, utilisés pour exporter les minéraux illicitement soustraits aux congolais, plusieurs multinationales minières et plusieurs puissances, qui comme on l’a dit, dépendent du coltan et d’autres minéraux stratégiques de la région. Les évêques congolais et les missionnaires qui travaillent dans la région depuis des années dénoncent cette situation (cf. Fides 10/6/2009). Et c’est un bien que des groupes d’analyse indépendants, en Europe et aux Etats-Unis, commencent à dénoncer les responsables de cette situation. Continuer à parler de guerre « ethnique » ou « tribale » signifie se rendre complice de ceux qui veulent continuer à exploiter impunément cette région au détriment de ses habitants. Parmi les crimes commis par les groupes armés de la région il y a les viols de masse (des centaines de milliers de cas), utilisés sciemment pour semer la terreur parmi la population et la contraindre à la fuite, de sorte de laisser le champ libre aux prédateurs des richesses congolaises. (L.M.) (Agence Fides 21/7/2009, lignes 44, mots 666).

Source : Agenzia fides

mercredi 1 avril 2009

Interview de Jacques Salvator, Maire d'Aubervilliers


Jacques SALVATOR : « Tous les grands pays du monde auraient intérêt à accompagner la République Démocratique du Congo dans son développement ».

Samedi 28 mars dernier, Union du Congo organisait une conférence-débat à l’école Victor-Hugo d’Aubervilliers sur les conséquences de la guerre dans l’Est de la République Démocratique du Congo. A l’issue de celle-ci, le Maire d’Aubervilliers, M. Jacques Salvator, a accepté de nous livrer son sentiment sur ce thème qui passionne tant les Congolais.

Qu’est-ce qui a motivé la participation de votre ville à cette conférence-débat ?

Au sein de mon conseil municipal, j’ai des élus qui sont d’origine congolaise. Ensemble, nous avons réfléchi à la manière d’aborder les drames qui sévissent dans cette partie du territoire congolais. La tragédie que les gens vivent là-bas nous interpelle. C’est pourquoi, quand le président d’Union du Congo, Gaspard-Hubert Lonsi Koko, nous a contactés pour parrainer cette réunion, nous n’avons nullement hésité, car cela permet de mieux comprendre ce qui se passe dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Vous savez, lorsqu’on ne connaît pas suffisamment la politique intérieure du Congo, ce n’est pas évident. Néanmoins, nous venons d’assister aujourd’hui à un exposé de très grande qualité, digne d’un chercheur passionné par son sujet. C’était d’une clarté limpide.

La République Démocratique du Congo est victime de la richesse de son sous-sol, disent les observateurs. C’est aussi votre sentiment ?

Oui, effectivement. Le drame du Congo, c’est la richesse de son sous-sol qui regorge de minerais stratégiques, dont le cuivre, le cobalt, l’or, le diamant, l’uranium, le coltane… qui attisent les convoitises de l’ensemble des puissances industrielles. Le rôle joué par les multinationales dans la perpétuation des conflits qui ravagent l’Est de la République Démocratique du Congo depuis des années n’est plus à démontrer. Il faut que cela cesse. Ce pays a beaucoup souffert et ne mérite pas toute cette souffrance. Tous les grands pays du monde auraient intérêt à accompagner le Congo dans son développement. C’est la mission que nous devons nous assigner.

Quel sens donnez-vous à la courte visite de Nicolas Sarkozy en Afrique, notamment en République Démocratique du Congo ?

J’aimerais vraiment comprendre. C’est dans ce sens d’ailleurs que j’étais venu écouter les orateurs du jour croyant que cette question serait aussi abordée, car il y a une nécessité pour la France d’entretenir de bonnes relations de coopération avec la République Démocratique du Congo : ce pays a des richesses considérables, nous partageons la même langue, nous appartenons à une même communauté de pensée, beaucoup de nos compatriotes sont des ressortissants congolais… Si le voyage du président Sarkozy au Congo avait pour objectif de consolider et d’approfondir les liens d’amitié et de coopération entre les deux pays, c’est tant mieux. Et je trouve cela légitime. Mais, franchement, je m’interroge encore sur le but réel de cette visite express en République Démocratique du Congo.

Propos recueillis par Robert Kongo, correspondant du journal le « Potentiel » en France.