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mardi 28 juin 2011

En RDC, la chasse aux journalistes est ouverte

En République démocratique du Congo, la profession de journaliste subit des violences quotidiennes venant des autorités, des politiques et des chefs de guerre.


 Le 21 juin 2011, Kambale Musonia, journaliste congolais de la région du Nord-Kivu, à l'est de la République démocratique du Congo (RDC), a été abattu par trois individus à bout portant. Ce meurtre vient allonger une funeste liste de journalistes assassinés en RDC, le dernier avant lui étant le militant des droits de l’homme Floribert Chebeya tué le 1er juin 2010. En quatre ans, ce sont ainsi neuf journalistes qui ont été tués en RDC, dont six dans l’est du pays, région particulièrement touchée par la guerre. Traduisant l’angoisse qui étreint la profession, le bi-hebdomadaire Congo News écrivait dans son édition du 22 octobre 2010 que «tout le monde a peur, à commencer par la presse». La RDC figure à la 148e place sur 178 du classement mondial de la liberté de la presse publié par Reporters sans frontières (RSF) en 2010.

Le calvaire de la profession

Dans son rapport de mission de 2009 intitulé «Bukavu, la cité des meurtres», RSF revient sur ces «meurtres en tout cas restés impunis, tant la police et la justice se sont acharnées à ne pas retrouver les coupables. Ou, pire encore, à remettre en liberté ceux dont tout désigne la responsabilité directe: des hommes politiques, des militaires, des trafiquants mafieux, autant de groupes violents qui font la loi au Kivu. Malgré les pressions des Nations unies, de l'Union européenne et des ONG, le gouvernement de la République démocratique du Congo et l'armée congolaise s'abstiennent de rétablir l'ordre et la justice.»

Parmi les meurtres de ces journalistes, celui de Didace Namujimbo, journaliste à Radio Okapi, la radio de la Monusco, la mission des Nations Unies au Congo. Alors que l’impunité du crime demeure, son frère, Déo Namujimbo, lui-même également journaliste à Radio Okapi et réfugié à Paris depuis mars 2009, raconte:

«Il revenait de Radio Okapi, le 21 novembre 2008 au soir. Les voisins ont entendu un coup de feu. On ne sait pas ce qu’il s’est exactement passé. On ne sait pas non plus pourquoi il a été tué. Seule la justice aurait pu découvrir le motif de l’assassinat, mais il n’y a pas de justice. Des gens sont arrêtés, mais des ordres qui viennent de haut font tourner court les procès.
Des personnes haut placées ont peur que les gens accusés se mettent à parler, alors ils empêchent les procès. Entre l’assassinat de mon frère et mon arrivée en France, j’ai fait ce que j’ai pu pour essayer de découvrir la vérité, mais j’ai reçu de nombreuses menaces, y compris des menaces de mort.»
La RDC, avec ses 2.345.000 km2, est dominée dans ses provinces par des seigneurs de guerre et autres chefs locaux. Emancipés de fait de l’autorité de Kinshasa, ces potentats régionaux imposent leur loi et sèment la terreur chez les citoyens, notamment chez les journalistes qui osent dénoncer leurs pratiques [lire la suite].

jeudi 1 avril 2010

Des ONG demandent à la France de s'investir dans la paix en RDC

Des ONG françaises et congolaises ont lancé mercredi à Paris un appel à la mobilisation de l'opinion et des dirigeants français en faveur de la paix en République démocratique du Congo (RDC), notamment à travers la lutte contre le pillage des ressources de ce pays.

"Après 15 ans de guerre en RDCongo, nous demandons notamment à la France de s'impliquer activement dans la paix notamment sur la protection des civils, l'accès à des services de base, le renforcement des processus démocratiques et la fin de la militarisation de l'exploitation des ressources naturelles", a expliqué lors d'une conférence de presse Alexandra Barjon de l'ONG Cosi.
Cette campagne est également soutenue par le Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD-Terre solidaire), Oxfam France, le Secours catholique-Caritas, le Réseau France Afrique Centrale (RéFAC), et des organisations congolaises comme la Commission épiscopale Justice et paix.

Les participants se sont notamment félicité de la volonté de la France d'organiser en 2010 un Forum régional pour la coopération dans les Grands Lacs.

"La militarisation des ressources naturelles aujourd'hui dans le Kivu (est) continue à freiner les efforts de paix et à financer ce conflit", a souligné Zobel Behalal, du CCFD. "Nous espérons avec ce forum un engagement ferme des pays voisins de la RDCongo, notamment le Burundi et le Rwanda, à stopper tout soutien au pillage des ressources naturelles congolaises".

"La France a également l'obligation de s'engager sur cette question car des capitaux et des intérêts français sont impliqués dans ce problème via une complicité passive ou active", a-t-il ajouté, citant notamment l'exemple de la SDV, une filiale du groupe Bolloré, transportant des minerais congolais.
"Nous parlons de sommes énormes qui, plutôt que de financer le développement du Congo profitent aux groupes armés et sapent tous les efforts de paix", a-t-il estimé.

"Les consommateurs en Europe ont le droit et le devoir de demander aux acteurs économiques l'origine du coltan qui se trouvent dans leurs portables", a relevé M. Behalal.

Pour Alain-Joseph Lomandja, de la Commission épiscopale Justice et Paix, cette question "nécessite l'élaboration d'un cadre juridique international contraignant pour les multinationales afin de mettre fin à un système qui tient le pays en otage".

©  AFP

jeudi 25 mars 2010

La MONUC reconstruit des routes pour stabiliser l'est du pays


La MONUC réhabilite des infrastructures dans l'est de la République démocratique du Congo.
24 mars 2010 – La route qui relie Bukavu à Shabunda à l'est de la République Démocratique du Congo (RDC) est en cours de reconstruction afin de désenclaver et stabiliser la région, et redynamiser le secteur économique, a annoncé la Mission de l'Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (monuc).
« La route est le symbole d'une nouvelle liberté pour de nombreuses personnes », a déclaré un attaché de presse de la MONUC à Bukavu, Florian Barbey au Centre d'actualités de l'ONU.

Bukavu, la capitale de la province du Sud-Kivu, frontalière du Rwanda, est à 340 kilomètres à l'est de Shabunda. Au moins 75 kilomètres ont déjà pu être achevés par les ingénieurs de la MONUC.

« Lorsque la route était détruite, cela prenait plus d'un mois pour parcourir les quelques 300 kilomètres entre Bukavu et Shabunda. Maintenant nous faisons les 75 kilomètres de route en quelques heures », se félicite M. Barbey.

Isolée et impraticable, la route était encore dangereuse et fréquentée par les groupes rebelles des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) il y a peu de temps.

« Joindre les deux villes était possible car il y avait de nombreuses barrières. Les FDLR verrouillaient Shabunda. Il y avait des groupes armés mais aussi les militaires qui vous demandaient de l'argent. Maintenant après l'opération Kimia II, la route peut être reconstruite », a dit M. Barbey faisant allusion à l'opération militaire menée en 2009 par les Casques bleus afin de neutraliser les groupes armés.

Cet axe routier est une des trois routes, avec les tronçons Miti-Hombo et Fizi-Minembwe, considérées par l'ONU et les autorités du Sud-Kivu comme hautement stratégiques pour le retour à la stabilité économique et sécuritaire de la région.

Grâce à la reconstruction d'axes routiers, le gouvernement central va pouvoir déployer des unités de police, des magistrats et d'autres représentants de l'Etat dans une zone fragile où l'insécurité et l'anarchie prolongent la guerre, estime la MONUC.
« Cela va aussi nous aider en matière de communication. Les futurs juges et représentants de l'Etat vont être en mesure de se déplacer par cette route et de collecter des informations. Ce type d'information est nécessaire pour restaurer l'autorité de l'Etat qui est notre priorité », estime M. Barbey.

Dans une région où il y a 2,1 millions de déplacés, chaque mètre de route reconstruit constitue une bouffée d'oxygène pour les populations, indique la MONUC.


© UN

mercredi 9 décembre 2009

Bukavu : après un abbé samedi, une religieuse assassinée à son tour lundi à Murhesa

L’Eglise catholique de Bukavu est encore en deuil. Une religieuse, la soeur Denise Kahambo Murahirwa a été tuée par balle, lundi soir à 19 h 30 locales, par des hommes armés en uniforme. Selon le responsable de la commission justice et paix de l’archidiocèse de Bukavu, les assaillants ont attaqué le monastère Notre Dame de la Clarté de Murhesa situé à 20 kilomètres de la ville de Bukavu, en territoire de Kabare, rapporte radiookapi.net

Marche pacifique à Bukavu (Archives)

Alertés, le vice-gouverneur et le commandant de la police se sont immédiatement rendus sur le lieu du drame. Un point de presse est prévu ce mardi matin par le vice-gouverneur de province tandis qu’une messe se tiendra sur place à Murhesa.

Deux religieux abattus à moins de 48 heures

L’assassinat de la soeur survient deux jours seulement après le meurtre d’un prêtre de la paroisse de Kabare. L’abbé Daniel Cizimia a été abattu lui aussi par des hommes armés dans la nuit de samedi à dimanche, dans sa chambre du couvent de la paroisse de Kabare. En signe de protestation de cet assassinat, les écoles publiques conventionnées du secteur de l’Enseignement primaire, secondaire et professionnel de Bukavu n’ont pas ouvert leurs portes lundi. Cet arrêt de travail irait jusqu’à l’enterrement ce mardi du prêtre assassiné. Les obsèques étaient initialement prévues lundi ont été reportées à mardi, en attendant l’arrivée à Bukavu de Mgr Maroyi. Le corps de l’abbé Cizimia est exposé à la cathédrale Notre Dame de la paix où plusieurs personnes défilent pour lui rendre leur dernier hommage. Pendant ce temps, la police continue à auditionner trois suspects. Leur évacuation de Kabare à Bukavu a entraîné dimanche la mort d’une autre personne et cinq blessés. Le drame a eu lieu au moment où la foule voulait lyncher ces suspects. Elle a été dispersée par des coups de feu, tirés à balles réelles, par des FARDC en faction à Kabare.

D’après le président provincial du Syndicat national des écoles conventionnées protestantes du Sud-Kivu, M. Munganga Muzegekwa cette décision se justifie par le fait que les assassinats se multiplient au jour le jour, sans que cela ne puisse inquiéter les gouvernants. « Nous trouvons que nous sommes en danger. Si on doit tuer un pasteur, un prêtre, de surcroît un enseignant, nous pensons qu’il y a un danger qui nous guette. Nous devons donc nous mobiliser tous, la vie humaine est sacrée, elle doit être protégée par n’importe qui, et même par le pouvoir. », déclare-t-il.

Des religieux, des journalistes, des défenseurs des droits de l’homme, sont particulièremet visés

Il faut dire que l’insécurité n’épargne aucune catégorie sociale au Sud Kivu, et plus particulièrement à Bukavu et ses environs. Déjà, en octobre 1996, l´archevêque de Bukavu, Mgr Christophe Muzirhwa, avait été abattu par les soldats de l´AFDL. Dans le domaine des droits de l’homme, en juillet 2005, on assistait à l’assassinat de l’activiste de Pascal Kabungulu, activiste des droits de l’homme bien connu. Sa perte avait suscité un émoi dans l’opinion, à Bukavu et dans tout le pays. Le procès sur cet assassinat avait été suspendu en décembre 2006, le tribunal de Bukavu s’étant déclaré incompétent. En juillet 2007, soit exactement 2 ans après la disparition brutale de Pascal Kabungulu, les activistes de droits de l’homme avaient manifesté à Kinshasa, non seulement pour exiger la réouverture du procès, mais aussi sa délocalisation, de Bukavu à Kinshasa. Depuis lors, plus rien.

Les malfaiteurs n’ont pas désarmé. Cette fois, leur nouvelle cible était des journalistes. C’est ainsi que le 13 juin 2007, Serge Maheshe, journaliste de Radio Okapi, avait été assassiné. Sa disparition attrista toute la corporation et un procès fut ouvert à Bukavu et le verdict rendu. Mais les organisations de défense des droits de l’homme et des professionnels de la presse avaient dénoncé des irrégularités dans le déroulement de ce procès. Et en novembre 2008, c’était le tour de Didace Namujimbo, un autre journaliste de Radio Okapi/Bukavu d’être abattu par des hommes armés non autrement identifiés jusqu’à ce jour. Le procès n’a jamais eu lieu. Enfin, toujours à Bukavu, Bruno Koko Chirambiza, 24 ans, journaliste présentateur du journal en Swahili à la radio Star, une radio locale émettant de Bukavu, a été tué dans la nuit de samedi à dimanche 13 aôut 2009 au quartier Kasali dans la commune de Kadutu alors qu’il rentrait chez lui.

© Radio Okapi